Par Thomas Villeneuve, étudiant à la maîtrise à l’Université de Montréal
Le bioblitz a débuté le samedi 23 août à 6h du matin. Cet exercice consiste à recenser le plus d’espèces possible dans le but d’explorer la diversité des milieux naturels du Québec. Nous sommes partis de Québec en direction de Montmagny en groupe de 4, soit trois botanistes et une ornithologue. C’est à partir de là que nous avons pris le traversier en direction de l’Isle-aux-Grues.
L’Isle-aux-Grues est un endroit avec une énorme valeur autant écologique que culturelle. Cette petite île perchée au milieu du fleuve St-Laurent abrite des marais intertidaux sujet à des marées quotidiennes d’eau douce, ce qui crée un milieu très intéressant avec une forte concentration de plantes endémiques. Puisque l’Isle-auxGrues se situe à l’extrémité de l’estuaire d’eau douce, l’eau y est un peu saumâtre, ce qui explique des formes bizarres de plusieurs taxons endémiques, qui fait sourciller les botanistes.
C’est donc un lieu intéressant pour les botanistes, bien que le dernier inventaire rigoureux qui y a été fait date des années 1970. Avec moins de 800 observations iNaturalist (+/- 500 observations de plantes, 100 observations d’insectes, 60 observations d’oiseaux et 4 observations de bryophytes), cette île mérite d’être mieux inventoriée pour comprendre la diversité biologique qu’elle abrite. De plus, plusieurs espèces en situation précaire s’y trouvent (les plantes suivantes: Cicutaire de Victorin, Gentiane de Victorin, Floerkea proserpinacoides, Strophostyles helvola, Platanthera flava var. herbiola, et les oiseaux suivants: troglodyte à bec court, hibou des marais, râle jaune, bruant de Nelson).
Nos objectifs pour cette sortie étaient dans un premier temps d’observer le plus de taxons rares pour vérifier les occurrences et fournir ces données au Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ). Nous voulions aussi essayer de trouver Pedicularis palustris, une plante très charismatique qui a historiquement été observée à l’Isle-aux-Grues, mais plus depuis 1970. Pour les oiseaux, notre ornithologue voulait dresser une liste des oiseaux observés et tenter d’en recenser le plus grand nombre possible et, on l’espère, y inclure certaines espèces en situation précaire.


Observation de l’avifaune (à gauche) et des plantes de milieux humides dans le marais intertidales (à droite).
Nous sommes donc arrivés sur l’île autour de 8h du matin et nous nous sommes dirigés vers l’extrémité Est de l’Île-aux-Oies. Nous avons visité quelques sites qui étaientdes friches agricoles humides et nous y avons fait 136 observations de plantes, comptabilisant 93 espèces différentes. Nous avons ensuite visité les marais intertidaux et c’est là que nous avons vu deux espèces menacées: la Cicutaire de Victorin et la Gentiane de Victorin (nous avons dénombré une population de 16 individus pour cette dernière, information qui a été relayée au CDPNQ). Nous avons observé qu’à ce site, l’érosion représente une réelle menace pour la population de Gentiane de Victorin.


Les deux espèces rares retrouvées dans les marais de l’Isle-aux-Grues: la cicutaire de Victorin (Cicuta maculata var. victorinii) à gauche et la Gentiane de Victorin (Gentianospis victorinii) à droite.
Suite à la visite des marais côtiers, nous avons fait une pause dîner et en avons profité pour rendre visite à la mythique fromagerie de l’Isle-aux-Grues. Nous avons ensuite continué notre visite de l’île en faisant le tour de la réserve naturelle Jean-Paul-Riopelle, une érablière tricentenaire. Nous avons dormi en camping et pris le traversier le lendemain matin avant de revenir à Montréal.
Le bilan de notre bioblitz sur l’Isle-auxGrues est 202 observations de plantes comptabilisant 129 espèces, et 36 espèces d’oiseaux. Nous avons cherché Pedicularis palustris, malheureusement en vain. Il est possible que l’espèce y soit toujours présente, mais nous étions un peu tard dans la saison pour observer ses magnifiques inflorescences. Nous avons tout de même pu observer certaines espèces rares. Voici certaines espèces observées qui sont dignes de mention : Cicuta maculata var. victorinii, Gentianopsis victorinii, Cyperus engelmanii, Cyperus diandrus, Lycopus laurentianus, Bidens vulgata.


Cyperus diandrus (à gauche) et Cyperus engelmanii (à droite)

Cuscuta gronovii, une plante hémiparasite, c’est-à-dire qui prélève chez son hôte de l’eau et des minéraux.

À propos de l’auteur
Thomas Villeneuve est un étudiant à la maîtrise dans le laboratoire d’Étienne Leveillé-Bourret à l’Institut de recherche en biologie végétale de l’Université de Montréal. Son projet de recherche porte sur la taxonomie de la Cicutaire de Victorin, une plante endémique et menacée au Québec, dont les incertitudes taxonomiques entravent la conservation.
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