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De la tanière aux données : la valeur des bénévoles dans le suivi des ours scandinaves

Par Baptiste Brault, étudiant au doctorat à l’Université de Sherbrooke

En tant qu’étudiant au doctorat collaborant avec le Scandinavian Brown Bear Research Project (SBBRP), j’ai eu l’occasion cette année de me joindre à l’équipe de bénévoles coordonnée par Biosphere Expeditions dans la région de Dalarna, en Suède. Cette collaboration, qui réunit citoyens et scientifiques, constitue aujourd’hui un élément essentiel du programme de recherche du SBBRP sur l’écologie hivernale de l’ours brun (Ursus arctos).

Exploration d’une tanière d’ours brun

Contribution scientifique des bénévoles

La force principale de cette expédition réside dans la motivation des bénévoles et les efforts qu’ils et elles déploient sur le terrain. Grâce à leur engagement, il est possible d’inventorier chaque année plusieurs dizaines de sites de tanières et de collecter un volume de données qu’il nous serait impossible d’obtenir sans leur participation.

En 2025, ce travail collectif nous a permis d’enregistrer 51 tanières en seulement huit jours. Les équipes de bénévoles ont réalisé l’ensemble des mesures que nous collectons dans et autour des tanières avec une rigueur remarquable : localisation précise, dimensions de l’hibernacle, composition du lit, type de tanière, orientation, indices de reproduction, collecte de fèces, nature et proportion du couvert forestier, ainsi qu’un grand nombre d’autres variables nécessaires à ce suivi débuté en 1987.

Mais leur contribution ne se limite pas au travail manuel : elle repose aussi sur leur capacité à travailler de manière autonome, à planifier efficacement leurs itinéraires, à intégrer rapidement les protocoles scientifiques et à saisir les données dans la base dédiée. Notre base de données à long terme s’enrichit désormais chaque année grâce à la succession de ces groupes de bénévoles coordonnés par Biosphere Expeditions, qui nous aident à documenter l’écologie et le comportement hivernal des ours scandinaves.

Bénéfices pour la vulgarisation et la perception des sciences

Au-delà de l’aspect opérationnel, travailler avec des bénévoles représente une occasion rare de vulgarisation scientifique directe. Chaque journée sur le terrain devient un espace d’échanges où nous pouvons présenter nos méthodes, expliquer le rôle de chaque variable mesurée et plus largement discuter des enjeux de conservation de l’ours brun dans un contexte de perturbations humaines croissantes. C’est également l’occasion de les initier à différentes techniques de terrain, comme la télémétrie ou comment s’orienter.

Chaque jour, les scientifiques présents et moi-même avions l’occasion de communiquer autour de nos recherches et de l’écologie de l’ours brun scandinave, que ce soit lors de présentations formelles ou au fil des conversations quotidiennes : sur la route, pendant les pauses repas ou en fin de journée, et cela pendant une dizaine de jours. L’intérêt des bénévoles, souvent issus de milieux et de pays variés — six nationalités étaient représentées cette année — offre une perspective renouvelée sur notre propre travail. Leurs questions, réactions et observations m’ont amené à clarifier mes hypothèses et la manière dont je présente mes résultats au grand public.

Cette dynamique renforce la dimension pédagogique du projet : elle contribue également à créer une communauté de citoyens sensibilisés, informés et capables de relayer des connaissances fiables autour d’eux. L’expédition devient ainsi un outil puissant de science participative, doublé d’une mission de communication scientifique. Cette interaction directe permet d’aborder des thèmes complexes — gestion de la faune, conflits humains–faune, importance des suivis à long terme, démarche scientifique — avec un impact bien supérieur à celui de supports traditionnels.

Une complémentarité essentielle

Pour un chercheur, participer à une expédition comme celle-ci rappelle à quel point la science de terrain est un effort collectif. La contribution des bénévoles dépasse largement l’aide logistique : elle élargit notre capacité d’action, enrichit la diffusion de nos connaissances et renforce le lien entre société et recherche scientifique. Dans un contexte où les programmes de suivi de la faune sont soumis à des contraintes budgétaires croissantes, ces initiatives de science citoyenne jouent un rôle déterminant. Elles permettent de produire des données robustes, tout en partageant notre démarche scientifique avec des personnes motivées, curieuses et désireuses de contribuer à la conservation de la biodiversité.

Pour conclure, je souhaite adresser un immense merci à toutes et tous les bénévoles qui ont consacré leur temps, leur énergie et leur passion à cette expédition. Leur engagement, leur curiosité et leur bonne humeur ont non seulement rendu ce travail possible, mais ont aussi enrichi chaque journée passée sur le terrain. Je tiens également à remercier sincèrement Biosphere Expeditions pour leur organisation impeccable, leur soutien continu et pour avoir créé un cadre où la science participative peut réellement s’exprimer. Sans eux cette mission n’aurait tout simplement pas la même portée, ni la même qualité.

À propos de l’auteur :

Baptiste Brault est étudiant au doctorat dans le laboratoire de Fanie Pelletier à l’Université de Sherbrooke, où il travaille sur les effets des perturbations humaines et des changements climatiques sur le comportement d’hivernation et le succès reproducteur des ours bruns.

Post date: January 29, 2026

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