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Le terrain à l’autre bout du monde

par Xavier Guibeault-Mayers

Pourquoi
envoyer des étudiants québécois effectuer des travaux de terrain
pendant trois mois dans la brousse subtropicale australienne ? « La
réponse est simple! » m’informa un chercheur australien : il
est impossible d’enrôler les étudiants locaux dans cette
entreprise, car ils savent exactement ce qui se cache dans ces
milieux naturels.

Après
une longue semaine à remplir de la paperasse administrative jumelée
à des formations de premiers soins en milieux reculés et de
conduite de 4X4 hors-route, mes deux assistants de terrain et moi
partions vers notre système d’étude. Nous allions piquer nos
tentes dans le parc national d’Entrecasteaux dans un ancien
pâturage parmi les kangourous et les émeus.

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L’ancien
pâturage maintenant occupé par les kangourous
.

La
chance nous a souri! Une vieille cabane délabrée ayant une forte
odeur de moisissure et dont le plancher, les meubles et tous
les vieux tapis étaient remplis d’excréments d’opossum
fera office de laboratoire. À la suite de longues heures de travail,
la cabane que nous avons baptisée le Château Baudin (en l’honneur
d’un perroquet endémique) a commencé à nous dévoiler ses charmes, qui ont également séduit
l’ensemble de la faune locale. Parmi les rencontres mémorables,
deux évènements me semblent dignes de mention : la découverte
d’un scorpion mort sur une table de travail nous laisser entendre qu’un animal plus dangereux encore que cet arthropode rôdait dans notre Château, puis la chute depuis le toit d’un
serpent tigre, l’un des serpents les plus dangereux d’Australie. Rien ne sert de dire qu’il fut
le maître du Château Baudin pour le reste de la journée!

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Le
Château Baudin
.

Nous
première journée sur le terrain confirma une chose :
l’ensemble de la biodiversité australienne travaille de concert à
dessein de réduire notre capacité d’échantillonnage. Chaque jour
comportait son fardeau de piqûres extrêmement douloureuses, de
plaies et de frayeurs! Que ce soient les feuilles coriaces jonchées
d’épines pouvant pénétrer la chair, les fourmis bouledogues
injectant de l’acide formique par l’intermédiaire de leurs dards
tout en mordant leur proie à l’aide de leurs puissantes mandibules, les
centipèdes géants, les scorpions, les araignées toutes
potentiellement venimeuses, la menace permanente des serpents et une
quantité de mouches qui rendrait fou même les plus résilients des
Abitibiens ; la nature trouvait un moyen de transformer chaque jour
en aventure inoubliable!

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Un
scorpion furieux de s’être fait sortir de sa cachette, une fourmi
bouledogue et une araignée plus grosse qu’un poing qui tente
d’entrer dans un sac d’échantillonnage!

Bien
que l’idée que l’on ait de l’Australie se réduise souvent aux
dangers qu’elle comporte, la brousse subtropicale de l’Australie
Occidentale offre un spectacle d’une beauté époustouflante. Un
fait méconnu au sujet de ce coin de pays est qu’il héberge une
diversité végétale égale aux luxuriantes forêts tropicales
humides. Cette diversité incroyable permet une floraison asynchrone
des essences végétales, engendrant des variations dans les formes
et les couleurs du paysage nous obligeant à porter attention à la
beauté qui se renouvellait sans cesse autour de nous.

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Un
aperçu de la diversité végétale
.

La
chance que nous avons eue ne se limitait pas à effectuer des travaux
de terrain dans un point chaud de biodiversité. Chaque jour, nous
avions l’opportunité de travailler sur un site exceptionnel à
l’échelle mondiale : la chronoséquence de sol de Warren. Ce
système se compose d’une série de dunes adjacentes formées du
même matériel parental, mais qui diffèrent en âge depuis leur
formation. Ces sites donnent donc lieu à des gradients très forts
de fertilité engendrant des variations dans la composition des
communautés végétales, et ce, sur une échelle spatiale
relativement petite. L’appréciation de la diversité des formes de végétaux fut pour moi une expérience
sans pareil. Une simple balade à travers la chronoséquence révèle ce qui est, à mes yeux, la plus belle expression de la
créativité de la vie. Cette dernière s’exprimait par
l’exploitation d’un éventail d’adaptations et de réponses à
l’environnement se répondant mutuellement ; les inventions de la
nature y étaient à leurs apogées.


Xavier Guilbeault-Mayers est étudiant au doctorat à
l’Université de Montréal sous la supervision d’Étienne
Laliberté. Il s’intéresse aux processus qui régissent l’assemblage des communautés végétales avec un accent sur le lien
entre les traits fonctionnels et la disponibilité en nutriment des
sols.

Post date: April 19, 2018

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