Enable Dark Mode!
Récit de voyage : Parlons d’érables au pays du Mezcàl

Par Alix Pugeaut, Doctorante à l’Institut des Sciences de la Forêt Tempérée

Du 10 au 14 juin 2024 s’est tenu à Oaxaca, au Mexique, le colloque bisannuel de la Société de Génétique Forestière d’Amérique du Nord. Cette société regroupe d’éminents chercheur.e.s, professionnel.le.s de recherche et étudiant.e.s utilisant la génétique pour mieux comprendre les espèces forestières, leur écologie et leur histoire évolutive, et ainsi agir pour leur maintien dans le contexte actuel de changement globaux. Grâce au prix d’Excellence du CSBQ, j’ai eu la chance de participer à ce colloque et de profiter du partage de connaissances offert par des sommités du milieu de la génétique forestière. J’ai été personnellement très impressionnée par la présentation de Pamela Soltis exposant ses nombreux travaux sur l’évolution de la polyploïdie dans les génomes des plantes (https://www.floridamuseum.ufl.edu/soltis-lab/). De plus, j’ai pu y présenter mes résultats dans une session de conférences portant sur l’application de la génétique pour la conservation des espèces.

Fière de participer à ce colloque.

Ma présentation portait sur la délinéation génétique entre l’érable à sucre et l’érable noir, deux espèces cohabitant dans les forêts tempérées de l’est de l’Amérique du Nord (voir carte). Malgré une distinction morphologique claire entre ces deux érables, des études menées dans le passé ont suggéré que l’érable noir serait une sous-espèce de l’érable à sucre car elle ne serait pas génétiquement différenciée. Cependant, j’ai produit durant mon doctorat un jeu de données génétiques de ces deux érables, collectés en sympatrie, qui me permet de soutenir au contraire qu’ils sont génétiquement différenciés. Ces résultats justifient la reconnaissance de l’érable noir comme espèce distincte. De plus, j’ai pu montrer que les populations d’érables noirs situées au Québec présentent un niveau élevé de consanguinité, ce qui est préoccupant pour la conservation de cette espèce dans cette province. Ces résultats sont discutés dans un article actuellement en révision (DOI: 10.22541/au.172114479.90211437/v1) et ont engendré de nouvelles questions que j’aurais la chance d’explorer lors d’un contrat postdoctoral. 

Carte de distribution des sites échantillonnés pour mon étude. Le dispositif d’échantillonnage de Fasset permettait de tester la délinéation entre les espèces à une échelle locale (maximum 1.2 km de distance). Les aires de répartition des espèces ont été fournies par USDA.

Après ma présentation, j’ai eu des échanges très intéressants avec d’autres chercheurs travaillant sur la génétique d’espèces forestières menacées en Amérique du Nord. Ces échanges ont nourri mes réflexions sur les moyens d’explorer l’introgression génétique entre ces deux érables, ce qui fait partie des questions auxquelles je devrais répondre lors de mon post-doctorat. De plus, je suis dorénavant assurée que mon nom est associé à l’érable noir dans la communauté de la génétique forestière en Amérique du Nord. J’espère que cela donnera lieu à des collaborations pour optimiser l’étude de la diversité génétique de l’érable noir à l’échelle de sa répartition. 

En dehors des conférences et de ce qu’elles m’ont apporté sur le plan professionnel, je suis ravie d’avoir découvert la région de Oaxaca au Mexique. Cette région est une destination en vogue en ce moment et c’est justifié ! La ville de Oaxaca est charmante avec ses petites maisons colorées et il y est facile de trouver un restaurant de tacos authentique pour déguster un repas typique à bon prix. J’ai d’ailleurs fait l’expérience culinaire de la quesadilla de chapulines; aux sauterelles, par laquelle j’ai été agréablement surprise.

Une rue de Oaxaca.
Une quesadilla aux sauterelles en cours de dégustation.

Le colloque comprenait également une visite guidée de Monte Albán, un site archéologique qui a connu son apogée lors de la période zapotèque. J’ai pu y admirer les restants d’édifices publics, notamment un observatoire astronomique, les fondations d’une université et un terrain de jeu de balle.

Le terrain de jeu de balle de Monte Alban.

Une fois le colloque terminé, j’ai aussi pris le temps d’aller explorer la côte et j’ai profité des plages paradisiaques sur lesquelles on peut prendre un petit verre de Mezcàl au coucher du soleil. Enfin, je suis tombée en amour avec les mangroves de la côte, des écosystèmes préservés et habités localement dans lesquels on peut observer une diversité époustouflante d’oiseaux et y déguster des crevettes locales!

Des hérons garde-boeufs dans les mangroves.
Un pélican brun le long de la côte.

A propos l’auteure : Alix Pugeaut est candidate au doctorat sous la supervision de Yann Surget-Groba à l’Institut des Sciences de la Forêt Tempérée (ISFORT) qui dépend de l’Université du Québec en Outaouais. Au début de son parcours universitaire, elle s’est passionnée pour la systématique et l’évolution, ce qui l’a amené par la suite à étudier la phylogénétique et la génétique des populations. Son intérêt pour les écosystèmes forestiers l’a naturellement dirigée vers un doctorat portant sur l’histoire évolutive et la capacité adaptative d’une espèce forestière emblématique du Québec : l’érable à sucre.

Post date: April 15, 2025

0 Comments

Submit a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *