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À la recherche des oiseaux à Campo

Par Jérémie Moreau, étudiant à la maîtrise à l’Université Concordia

L’été dernier, j’ai effectué ma récolte de données sur le terrain pour mon projet de maîtrise. Puisque je mène un projet de recherche en écologie animale des milieux tropicaux, j’ai eu la chance de me rendre au Parc national de Campo-Ma’an, un milieu éloigné qui se situe au sud-ouest du Cameroun. Avant mon départ, j’avais hâte de vivre cette expérience enrichissante tant sur le plan académique que personnel, mais j’étais aussi excité à l’idée de pratiquer l’un de mes passe-temps favoris : l’ornithologie.

Malgré des connaissances limitées en identification d’oiseaux, j’accorde un grand intérêt au monde fascinant de l’ornithologie. Cela me permet de me détendre en forêt tout en appréciant la nature qui m’entoure. J’adore aussi prendre des photos des oiseaux, ce qui facilite l’identification ultérieure de ces animaux. En sachant que j’allais parfois avoir du temps libre entre mes collectes de données, j’étais prêt à observer une grande diversité d’espèces exotiques et colorées, le genre d’oiseaux qu’on ne retrouverait pas au Québec.  Je voulais ajouter le plus d’espèces possible à ma liste sur eBird, une application très utile pour le recensement des observations ornithologiques et la science citoyenne.

Dès mon arrivée en terre africaine, je gardais l’œil ouvert à cette faune aviaire, bien qu’au début je me retrouvais surtout en zones urbaines. Une fois rendu à Campo, mon domicile pour trois mois non loin de l’entrée du parc national, je notais tout ce que je voyais et je prenais des photos dès que je pouvais.

Bulbuls des raphias
Calao longibande

Cette recherche ornithologique n’était toutefois pas sans peine, car à mon arrivée, la courte saison pluvieuse battait son plein et les oiseaux étaient plus rares. Quelques jours seulement après m’être installé à Campo, j’ai dû me rendre en forêt, avec fébrilité, pour commencer ma récolte de données. Mon projet de maîtrise consiste à déterminer de quelle manière certaines données végétales et environnementales influencent la biodiversité des primates en milieu tropical. Lors des longues journées de marche pour se rendre aux sites d’échantillonnage, j’en profitais pour regarder la nature qui m’entoure. Des bruits et des chants d’animaux de toutes sortes étaient entendus à longueur de journée, mais il était difficile de distinguer les espèces autour de moi. La végétation dans cette forêt tropicale ainsi que la canopée étaient très denses, ce qui a limité de beaucoup mes observations. Je ne pouvais pas non plus apporter mes jumelles ou mon appareil photo, car je devais transporter le moins de matériel possible (nos sacs étaient déjà très lourds…) et je ne voulais pas risquer de les briser avec toute l’humidité présente dans ce climat. J’essayais aussi de demander aux guides qui m’accompagnaient s’ils reconnaissaient certains oiseaux. Ils connaissaient souvent le nom dans leur dialecte natal et non en français, ou ils identifiaient le chant de certains oiseaux mais que, après vérification, l’oiseau ne se trouvait pas dans la région où nous étions. Je me souviens du cas du rossignol, alors que certains étaient convaincus d’entendre cette espèce, mais même dans sa répartition de non nicheur, le rossignol ne se trouve pas autant au sud du Cameroun. Donc au final, l’ornithologie récréative que j’espérais était un peu plus difficile que je me l’imaginais. 

Un autre défi était les limitations des applications d’identification d’oiseaux, comme Merlin. Cet outil, développé par le Cornell Lab, est très pratique en Amérique du Nord, mais en milieu éloigné comme à Campo, il n’est pas aussi performant. Par exemple, lorsque je voulais utiliser la fonction d’identification sonore, j’avais très rarement un résultat et l’application me rappelait qu’elle reconnaissait seulement 7% des espèces d’oiseaux du Cameroun, et ce malgré toute la biodiversité de cette région. La raison est que peu de données sont récoltées dans cette région, que ce soit par des chercheurs ou par la science citoyenne, ce qui ne permet pas à la banque de données de se bonifier. Avec mes connaissances limitées, il m’était donc impossible d’identifier les oiseaux seulement par leurs chants. Il m’était aussi difficile de les identifier visuellement, car même avec des guides d’identification, plusieurs espèces ont des apparences très similaires. La plupart du temps, les individus étaient trop loin ou ils avaient le temps de s’envoler avant que je puisse confirmer mes observations.

Malgré tout, j’ai adoré pouvoir observer de nouvelles espèces dont je ne connaissais même pas l’existence! Souvent, le meilleur endroit pour voir les oiseaux était dans ma cour arrière. Ils venaient se percher sur la corde à linge et je pouvais admirer leurs couleurs et étudier leur comportement. Je voyais aussi quelques autres espèces lorsque je me promenais sur la plage qui donne sur l’Océan Atlantique, à seulement une quinzaine de minutes de marche. Au total, j’ai pu identifier avec certitude 22 espèces d’oiseaux, dont des hirondelles, des souimanga, des bulbuls et des calaos, en plus de voir d’autres rapaces et une espèce de Strigidés. Mes coups de cœur ont surtout été le martin-pêcheur pygmée et le martin-chasseur du Sénégal. Une autre rencontre qui m’a agréablement surprise a été celle avec le rolle à gorge bleue, qui est membre de la même famille qu’un de mes oiseaux préférés, le rollier à longs brins. C’était par hasard, dans un endroit plus dégagé de la forêt tropicale, que le rolle était perché et que j’ai pu confirmer le nom de l’espèce grâce à ses traits distinctifs.

Bref, ce voyage outre-mer a été mémorable pour toutes sortes de raisons. Il m’a permis de confirmer ma passion pour l’ornithologie, ainsi que de me donner encore plus l’envie de retourner en nature pour ajouter d’autres espèces d’oiseaux à ma liste à vie!

Martin-pêcheur pygmée
Martin-chasseur du Sénégal
Capucin nonnette

À propos de l’auteur :

Jérémie est un étudiant à la maîtrise en biologie à l’Université Concordia à Montréal. Faisant partie du laboratoire de Dr. Robert Weladji, il mène un projet en écologie animale des milieux tropicaux. Son travail au Parc national de Campo-Ma’an pendant l’été 2025 consistait principalement à poser des pièges photographiques et à échantillonner la végétation dans de nombreux sites, ce qui lui permettra de faire des liens entre les composantes de l’habitat et la biodiversité des primates (gorilles, chimpanzés, mandrills, cercocèbes, etc.) dans le sud-ouest du Cameroun.

Post date: February 13, 2026

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