Par Catherine Viel-Lapointe, étudiante à la maîtrise à l’Université de Sherbrooke
En juillet 2025, j’ai eu la chance de participer à la conférence de l’Association for Tropical Biology and Conservation (ATBC) grâce au Prix d’Excellence du Centre québécois de la science de la biodiversité (CQSB). La conférence s’est déroulée entre des montagnes de forêt tropicale et des vallées de cactus dans une des villes les plus riches en culture du Mexique : Oaxaca. Pendant plusieurs jours, j’ai eu la chance de rencontrer des chercheur·e·s passionné.e.s et investi·e·s dans une panoplie de projets liés à la conservation de la biodiversité dans les tropiques.
Lors d’une session d’affiches, j’ai présenté mon projet de recherche sur la coexistence avec les grands félins au Mexique, plus précisément sur l’évaluation de dispositifs de dissuasion des prédateurs et de facteurs influençant l’adoption de méthodes préventives par les éleveurs afin de réduire les conflits humain-faune. La prédation du bétail par le jaguar (Panthera onca) et le puma (Puma concolor) représente des impacts négatifs importants pour les éleveurs et mène parfois à des actes de représailles par la chasse ou l’empoisonnement des carcaces de bovins affectant ainsi les populations de grands félins mais aussi les autres espèces se nourrissant des carcaces.

Plus qu’une conférence : une véritable communauté dédiée à la science et à la conservation tropicale
L’ATBC est une association internationale dédiée à l’étude, la protection et la gestion durable des écosystèmes tropicaux. Fondée en 1963, elle regroupe aujourd’hui des scientifiques, étudiant·e·s, conservationnistes, gestionnaires et décideurs provenant de nombreux pays. La mission de l’ATBC consiste à approfondir la compréhension scientifique des environnements tropicaux tout en renforçant leur conservation, en reliant étroitement la recherche, les politiques publiques et les actions concrètes. La conférence de l’ATBC a été pour moi une source d’information et d’inspiration, le tout dans une ambiance communautaire facilitant les échanges.
La conservation dans les tropiques, à l’intersection des sciences naturelles et sociales
Les tropiques concentrent plus de la moitié des espèces terrestres de la planète, souvent endémiques et vulnérables, intimement liées à des écosystèmes complexes. Les tropiques constituent aussi le territoire de nombreuses communautés autochtones dont les savoirs traditionnels contribuent à la protection de ces milieux. Pourtant, ces régions restent parmi les plus menacées par la déforestation, l’agriculture, les changements climatiques et les conflits entre faune et humains.
La conservation en milieu tropical se situe à l’intersection des sciences naturelles et sociales, dans des régions qui abritent une biodiversité exceptionnelle mais fortement menacée. Comprendre la biologie des espèces ne suffit pas : il faut aussi comprendre les dynamiques humaines qui influencent leur survie. Mon projet s’inscrit dans cette approche intégrée, en étudiant à la fois le comportement des grands félins et les perceptions des éleveurs face à des techniques de protection du bétail. Participer à l’ATBC m’a permis de constater à quel point combiner sciences écologiques et sociales est essentiel pour développer des solutions concrètes et durables dans ces milieux riches mais fragiles.
Un moteur d’innovation et de partage
Participer à une conférence comme celle de l’ATBC, c’est plonger au cœur d’un espace où les idées circulent, s’entrechoquent et prennent vie! J’ai découvert des recherches menées aux quatre coins du monde sur une grande variété de thèmes, parfois très différents du mien, mais qui ont été une véritable source d’inspiration pour mon propre projet. En écoutant les présentations, en discutant avec les participants et en assistant à divers ateliers, j’ai réalisé que certaines approches peuvent enrichir les méthodologies et l’organisation de mon projet.
Cette conférence a aussi été pour moi une source de motivation incroyable ! J’ai senti que mon projet s’inscrivait dans une réalité bien plus vaste que je ne l’imaginais. Ma séance préférée avait pour thème les innovations en recherche sur la biodiversité puisqu’elle mettait en perspectives des idées pour l’avenir de la recherche en milieux tropicaux. Plusieurs chercheurs d’expérience y ont présenté notamment Corine Vriesendorp Dr Corine Vriesendorp est une biologiste de la conservation avec plus de 32 ans d’expérience en Amérique centrale et du Sud, actuellement directrice scientifique d’une station de recherche au Pérou, spécialisée en recherche de terrain et collaborations locales en Amazonie. Sa présentation sur l’avenir du suivi de la biodiversité à grande échelle, de l’imagerie satellitaire et de l’intelligence artificielle m’a offert une vision inspirante des avancées technologiques en biologie et de leur potentiel à combler les lacunes en milieux tropicaux, nous rappelant que la science est en constante évolution. On oublie parfois que nous sommes des milliers d’étudiant.e.s et chercheur.e.s à nous investir corps et âme dans ces projets, que c’est ensemble que nous construisons la connaissance et trouvons des solutions aux problèmes de conservation. L’ATBC m’a permis de prendre pleinement conscience de la force du collectif scientifique et du rôle que chacun·e d’entre nous joue dans l’avancement de la biologie et de la conservation à l’échelle mondiale.


À propos de l’auteure :
Catherine Viel-Lapointe est étudiante à la maîtrise en biologie à l’Université de Sherbrooke, au sein du laboratoire de la professeure Sophie Calmé. Elle se spécialise en conservation de la biodiversité et s’intéresse particulièrement aux moyens d’améliorer notre coexistence avec la nature.
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