Enable Dark Mode!
Inspiration madrilène

par Kevin Cazelles

Après trois ans passés entre Rimouski et Montpellier à réfléchir sur la coexistence des espèces, il était opportun de prendre un peu de recul avant d’entrer dans la dernière ligne droite de la fin de la thèse. Encouragé par mes directeurs et le soutien pécuniaire du CSBQ, je partis le 20 février dernier pour un un mois au Museo nacional de ciencias naturales] de Madrid (MNCN, le Museum ci-après) dans le laboratoire du professeur Miguel Araújo. C’est dans la ligne de train qui relie Montpellier et la capitale espagnole que tout commença. Les premières heures de mon voyage furent surtout marquées par le visionnement attentif d’une oeuvre cinématographique réalisée par Christopher Nolan (en clair, j’ai regardé Batman). Mais rapidement vinrent les premières questions au sujet de cette expérience nouvelle : avais-je raison de partir un mois en “terra ignota” lors de la dernière année de ma thèse? Quelle serait la nature des interactions avec le chercheur? Ces interrogations allèrent rapidement trouver leur réponse.

Passons sur mon installation dans un charmant quartier de la capitale espagnole pour arriver à mon premier jour au Museum. Après quelques déboires, dus à mes lacunes en espagnol, j’arrivai à la bonne entrée et rencontrai Miguel Araújo. Celui-ci me fit faire le tour du bâtiment et je fus immédiatement enthousiasmé aussi bien par le cadre de travail que par la personnalité dynamique de ce chercheur de renom. Le bureau dans lequel je fus installé se trouvait au dernier étage du Museum et manquait cruellement de lumière naturelle. Cette absence était cependant largement compensée par le décor qu’offrait mon nouveau lieu de labeur : il me suffisait de franchir la porte du bureau pour sentir la bonne odeur du bois ciré et avec un effort de quelques pas supplémentaires, je me me retrouvais au milieu d’une jungle d’animaux empaillés. Tout en affirmant mon admiration pour les taxidermistes, j’éprouvais régulièrement une étrange nostalgie : celle de l’époque des grands voyages naturalistes (époque que je n’ai évidemment jamais connu). Être dans un Museum me ramenait, en effet, à plus de deux siècles en arrière, c’est-à-dire à la période vraisemblable d’accumulation des spécimens que j’avais devant moi. Je songeais alors au courage qu’il fallu à Cook, Dumond d’Urville et autres La Pérouse pour partir vers un destin très incertain en quête de savoir (et d’une certaine gloire tout de même s’ils revenaient vivant). En poursuivant mes songes, j’en arrivais à l’érudition de Cuvier et Saint-Hilaire, une question métaphysique me saisit alors : devrais-je m’intéresser davantage à l’herpétologie plutôt qu’approfondir mes connaissances en Python?

A la seule vision de cette photo, comment douter de la bonne odeur des meubles et du parquet qui règne au Museum des sciences naturelles de Madrid?

A l’instar de cette dernière question, la méditation alla bon train pendant mon passage à Madrid. J’oserais même affirmer que réflexions, lectures et discussions furent l’essentiel de l’apport professionnel de ce voyage. Après avoir été nourrit intellectuellement pendant trois ans par les mêmes personnes, je réalisai que l’échange sur mes orientations de recherche avec un autre chercheur expérimenté était la véritable raison et l’atout majeur de mon déplacement. Pour être plus précis, jusqu’alors mes travaux de doctorat portaient sur les possibles conséquences des interactions à larges échelles et je souhaitais aborder la question sous un nouvel angle, celui de l’énergie. Mes discussions avec Miguel Araújo montrèrent qu’il partageait cet intérêt et cela me donna une vive motivation pour mettre du coeur à l’ouvrage. En conséquence, une bonne partie de mon séjour madrilène fut dédiée à l’étude des résultats de la Théorie Métabolique de l’Écologie (MET) et de ceux de celle qui est présentée comme sa rivale : la théorie du Budget Énergétique Dynamique (DEB). Ces lectures et les échanges avec Miguel Araújo m’ont énormément apportés et j’espère que la suite de mes travaux le démontrera.

Ajoutons à ces temps de réflexion en Espagne, un petit détour de trois jours au Portugal dans la ville d’Évora pour rencontrer les membres du groupe CIBIO, (voir aussi la page Facebook associée) co-ordonné par Miguel Araújo. Ce fut pour moi l’occasion de présenter une partie des résultats de mon doctorat et d’échanger autour des questions de co-distribution des espèces. Je fus bien heureux d’avoir ces intéractions qui donnèrent un peu plus de sens à mon excursion ibérique. Suite à cette présentation, il me fut demandé d’écrire une question/réponse pour leur blog. La ville d’Évora m’a charmé par sa beauté architecturale dont l’université est l’un des joyaux. J’ai profondément envie d’y retourner pour profiter davantage de la ville et je vois dans la conférence en écologie des communautés qui s’y tiendra en octobre prochain une belle opportunité de réaliser mon voeux.

L'université d'Évora, l'une des plus belle que j'ai eu le plaisir de visiter

Quel est le bilan que je dresse de mon voyage? Très positif, sans aucun doute pour au moins trois raisons :

  1. j’ai trouvé une piste de recherche prometteuse qui donnera beaucoup de valeur au dernier chapitre de ma thèse,
  2. j’ai établi une collaboration avec Miguel Araújo qui pourrait peut-être déboucher sur un contrat post-doctoral,
  3. j’ai découvert Madrid et Évora.

Alors si le CSBQ propose des soutiens financiers comme la Bourse d’excellence du CSBQ, je ne peux que vous recommander d’essayer de les obtenir pour partir en quête d’inspiration loin de votre laboratoire d’origine : changer d’air pour se donner un nouvel élan!

Rien de négatif alors? Bien sur qu’il y a un point négatif à ce voyage! On m’a saisi mon Opinel dans le train de retour… La raison? On n’a pas le droit d’avoir un couteau dans ses bagages à bord du train en Espagne. Mais, dans ce même train, côté français, ce droit vous est octroyé… Allez comprendre!

Post date: December 20, 2016

0 Comments

Submit a Comment

Your email address will not be published.