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Recit de voyage : Les abeilles ont bourdonné fort à Tallinn

Par Ana María Quiroga Arcila, Candidate au doctorat à l’Université Laval

Grâce au prix d’excellence décerné par le CSBQ, j’ai eu le privilège, en septembre dernier, de participer à l’un des plus importants congrès d’apiculture en Europe. Il s’agissait de la dixième édition du congrès EurBee, qui a eu lieu du 16 au 19 septembre à Tallinn, en Estonie. EurBee est un événement bisannuel qui vise à échanger des connaissances sur les nouvelles découvertes scientifiques associées à l’abeille domestique et aux autres pollinisateurs.

J’ai eu l’honneur de présenter les résultats d’un des volets de mon projet de doctorat, qui porte sur l’impact de la pollinisation du bleuet nain sur la santé des abeilles. J’ai présenté les résultats des deux dernières années de travail sur le terrain dans la région de Saguenay-Lac-Saint-Jean. En résumé, notre étude a démontré que la pollinisation du bleuet nain réduit significativement la force des colonies. Nous pensons que cette réduction est probablement due à certaines carences nutritionnelles; cependant, cette hypothèse reste à confirmer. De plus, la pollinisation commerciale a augmenté le taux d’infestation par des parasites tels que l’acarien Varroa destructor, l’un des principaux facteurs de pertes de colonies au Québec.

Le labo bien présent au congrès !

Cette édition du congrès a abordé des sujets très pertinents pour la production apicole et la conservation des pollinisateurs sauvages. Notamment, l’écologie des pollinisateurs dans les paysages agricoles, l’écotoxicologie, la communication et l’éthologie, la nutrition et la santé des abeilles, la diversité des abeilles et la communication interespèces. Cela a été une agréable surprise de constater que le congrès ne se concentrait pas exclusivement sur l’apiculture, mais adoptait une perspective large et diversifiée sur les autres espèces d’abeilles. Des conférences particulièrement intéressantes ont abordé la conservation des abeilles indigènes et leur biodiversité, ainsi que différentes alternatives pour réduire l’impact des paysages agricoles, telles que la production biologique, la diversification des monocultures par des aménagements fleuris variés, et l’utilisation de cultures de couverture florales, entre autres.

Ce congrès a réuni environ 300 participants venus de près de 40 pays, ce qui m’a offert l’opportunité de découvrir de nouvelles technologies et méthodologies développées à travers le monde et directement applicables à mon projet de doctorat. Mon projet inclut notamment l’évaluation de l’impact de la pollinisation du bleuet nain sur la santé de l’abeille domestique (Apis mellifera) et du bourdon fébrile commercial (Bombus impatiens), ainsi que l’efficacité pollinisatrice de ces deux espèces.

Cette expérience a été d’une grande valeur, car elle a permis d’élargir mes horizons de recherche et d’ouvrir la porte à de nouvelles idées et à la curiosité pour de futurs sujets de recherche dans le domaine des abeilles.

Participants du congrès au centre culturel Kultuurikatel à Tallinn. Crédits pour la photo: https://eurbee10.ee/

D’autre part, le congrès n’a pas seulement été une expérience scientifique très enrichissante, mais il m’a aussi permis de découvrir l’histoire, la culture et les paysages estoniens. Tallinn est la ville d’Europe qui a le mieux conservé l’architecture hanséatique et typiquement médiévale. Ce type d’architecture, en plus de conférer un charme particulier à la ville, lui a valu d’être inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1997. On y trouve également des petits trésors, tels que la pharmacie la plus ancienne d’Europe ou ses petites rues labyrinthiques qui mènent à des caves médiévales.

Centre de Tallinn, patrimoine de l’UNESCO

Tallinn est non seulement connue pour sa digitalisation avancée et ses nombreuses startups, mais aussi pour son engagement en faveur de l’environnement et de la conservation, étant l’une des premières villes au monde à démocratiser le transport en commun, le rendant gratuit pour ses résidents depuis 2013. En plus, à seulement une heure de la ville, se trouve le parc national Lahemaa, le plus grand parc national d’Estonie et l’un des plus grands d’Europe. Grâce à l’excellente organisation du congrès, nous avons eu l’occasion de visiter ce parc. On y extrayait autrefois de la tourbe, mais il dispose aujourd’hui de zones de restauration écologique des tourbières. Grâce à ces efforts, le parc a été récompensé par le label de qualité de la Fédération des Parcs Européens (EUROPARC Federation), qui reconnaît le développement durable du tourisme de nature dans la région.

Parc national Lahemaa

Enfin, je tiens à exprimer ma gratitude au CSBQ pour le soutien financier accordé. Ce type de prix ouvre les portes à une communauté scientifique nouvelle et dynamique, permettant ainsi de se connecter aux méthodologies innovantes et de mieux comprendre les principaux enjeux mondiaux actuels, liés à la conservation de la diversité des pollinisateurs dans le contexte de l’Anthropocène.

À propos de l’auteure : Ana María Quiroga Arcila est candidate au doctorat en biologie végétale à l’Université Laval sous la direction de Valérie Fournier et Pierre Giovenazzo. Passionnée par les abeilles, Ana María étudie actuellement la pollinisation des bleuets et l’impact de la pollinisation commerciale sur la santé des pollinisateurs.

Post date: May 27, 2025

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