Par Catherine Destrempes, Étudiante à la maîtrise à l’Université McGill
Qui n’a pas entendu parler de Los Angeles, avec son soleil, ses plages et son célèbre Hollywood Walk of Fame? Mais comment cette ville emblématique se révèle-t-elle aux yeux des milliers d’écologistes venus assister à la conférence annuelle de l’ESA cette année ? C’est cette perspective, celle d’une jeune écologiste découvrant la ville pour la première fois grâce au financement du CSBQ, que je souhaite partager aujourd’hui.
À travers ces lignes, je vous raconterai non seulement mes impressions sur l’excursion inspirante que j’ai réalisée, mais aussi mon expérience en tant qu’étudiante participant pour la première fois à une conférence internationale dans un autre pays. Je vous ferai part des défis, des surprises, et des réflexions suscitées par ce voyage. Ensemble, nous explorerons Los Angeles, avec ses contrastes sociaux et environnementaux. Vous découvrirez comment l’engagement local peut provoquer des changements durables et pourquoi cette expérience m’a poussée à réfléchir sur l’avenir de notre planète, ainsi que sur les défis immédiats que rencontrent des métropoles comme LA.
Prêts pour le voyage ? Attrapez vos lunettes et embarquez avec moi au travers de ces lignes!
Arrivée à Los Angeles
C’est sous un soleil brûlant d’août que je suis arrivée à l’aéroport de LAX pour assister à la conférence annuelle de l’Ecological Society of America (ESA) 2024. Cette année, le thème était axé sur le développement de carrière, avec un accent particulier sur la manière de soutenir les écologistes tout au long de leur parcours professionnel. Avec ma graduation imminente, cet aspect a immédiatement capté mon attention. Après avoir bravé la jungle de béton qu’est LA, j’ai pris la direction de Long Beach, la ville voisine où se tenait la conférence.


Photo 1-2: Le centre de conférence de Long Beach, lieu de la rencontre annuelle de l’ESA 2024. (Crédit photo : Catherine Destrempes, 2024)
Excursion dans les déserts Californiens
Cette arrivée a marqué le début d’une semaine riche en découvertes et en réflexions. Mais avant de me plonger dans les présentations scientifiques, j’ai eu l’occasion de prendre une bouffée d’air frais lors d’une excursion dans les communautés naturelles environnantes et dans la réserve de Palos Verdes. En tant qu’écologiste passionnée par la relation entre la nature et les êtres humains, cette sortie m’a comblée. Notre randonnée dans le désert californien, qui peut sembler aride et sans vie vu du ciel, m’a révélé à pied toute sa beauté subtile : des plantes au goût citronné, des oiseaux mélodieux et des cactus impressionnants. Toutefois, ce milieu de vie ne serait plus ce qu’il est aujourd’hui dans la péninsule de Palos Verdes sans l’engagement d’un petit groupe d’individus déterminés à faire une réelle différence en matière de conservation.


Photo 3-4 : Palos Verdes Peninsula Land Conservancy, avec ses déserts magnifiques (gauche) et ses cactus impressionnants (droite). (Crédit photo : Catherine Destrempes, 2024)
Plongeons ensemble dans cette fascinante histoire. Lors de cette excursion, j’ai pu constater que les zones composant la Palos Verdes Peninsula Land Conservancy ne sont pas seulement des milieux naturels magnifiques, mais qu’elles revêtent également une importance particulière en raison de leur proximité avec les centres urbains. Dans une région en constante expansion, où les terrains proches de la ville sont très coûteux et recherchés, ces espaces naturels deviennent d’autant plus précieux. Cette réflexion m’a amenée à m’interroger : comment un parc naturel de plus de 600 hectares a-t-il pu émerger et être préservé dans un tel contexte ?
Tout a commencé en 1988 avec un petit groupe de 11 citoyens déterminés à préserver la beauté naturelle de leurs quartiers dans la péninsule de Palos Verdes. En unissant leurs forces, ils ont mobilisé leur communauté pour acquérir des terres avoisinantes et les transformer en parcs protégés accessibles à tous. Grâce au soutien de la famille de Ken Zuckerman, qui a fait don des 20 premières acres dans le canyon de Lunada, la Palos Verdes Peninsula Land Conservancy est née. Aujourd’hui encore, cette organisation à but non lucratif continue de restaurer et de préserver des terres, les rendant accessibles au public pour des activités de plein air et des programmes éducatifs.
Cette excursion a non seulement souligné, à mes yeux, la valeur de l’engagement communautaire, mais aussi le pouvoir que les citoyens peuvent exercer en tant que gardiens des milieux naturels. Dans un monde préoccupé par le changement climatique et où l’éco-anxiété est croissante, il est essentiel de mettre en avant de telles organisations. Elles nous rappellent que nous avons la capacité de créer des changements durables pour les générations futures, parfois simplement en commençant dans notre propre quartier.

Photo 5 : Impact de la restauration sur la diversité végétale. À gauche, une zone appartenant à la municipalité (non restaurée) ; à droite, une zone restaurée par l’organisme de Palos Verdes. (Crédit photo : Catherine Destrempes, 2024).
Plongée dans la Conférence
Après cette superbe excursion dans les paysages californiens, il était temps de revenir au cœur de la conférence, où les réflexions sur la conservation et le développement durable étaient au centre des discussions. Cependant, ceci étant ma première expérience en tant que participante à une conférence internationale dans un autre pays, j’ai rapidement découvert que les premiers jours étaient à la fois incroyablement intéressants et étourdissants. J’ai donc adopté une approche marathon et appris l’importance de planifier des pauses pour tirer le meilleur parti de l’événement. Ces pauses m’ont permis de relever mes manches et de profiter pleinement de cette expérience enrichissante.
J’ai eu la chance d’assister à de nombreux ateliers et présentations fascinantes. Lors d’un atelier d’improvisation, j’ai découvert le pouvoir du ridicule pour tisser des liens. À travers les diverses présentations, j’ai approfondi ma compréhension de sujets variés : les limites des calculs de carboneutralité des entreprises, l’impact de l’art dans la conservation, l’influence des commentaires dans le mentorat, et la complexité de la polémique du reverdissement des lots abandonnés dans les villes, pour n’en nommer que quelques-uns.
Les présentations sur les carrières en écologie ont particulièrement retenu mon attention. J’ai eu l’opportunité d’écouter des femmes de divers horizons partager leurs défis professionnels et offrir des conseils précieux. Notamment, j’ai appris un point souvent négligé dans la recherche d’emplois : le bénévolat. On parle souvent de l’importance du réseautage dans la recherche d’emplois, tant en milieu académique qu’industriel, mais ces connexions se bâtissent souvent en dehors des événements de réseautage formels. Le bénévolat joue un rôle crucial dans l’établissement de connexions bénéfiques qui peuvent mener à des opportunités d’embauche.
Cependant, malgré la richesse de ces présentations, certaines m’ont laissée plus confuse qu’au départ. Cela m’a rappelé la position des jeunes écologistes : nous devons non seulement rendre la science captivante, mais aussi accessible à tous. Sans simplifier à l’excès nos recherches, il est essentiel de comprendre que chacun a son propre domaine d’expertise et que même au sein d’une seule discipline, les professionnels ne sont pas toujours familiers avec les mêmes termes et concepts. La vulgarisation scientifique ne devrait pas se limiter à la communication avec le public, mais aussi à la compréhension entre experts.
Los Angeles sous tous ces angles
Mais qu’en est-il de Los Angeles ? N’ayez crainte, j’y arrive. Un voyage à Los Angeles ne serait pas complet sans une visite de Hollywood, n’est-ce pas ? Avant de quitter la ville, j’ai eu la chance de participer à une visite guidée de la légendaire ville des étoiles. J’ai vu le célèbre signe de Hollywood, le fameux Walk of Fame, ainsi que les quartiers luxueux où les lustres coûtent plus cher que tout ce que j’ai pu voir jusqu’à présent. Cependant, mes lunettes de touriste ont rapidement laissé place à mon regard de biologiste. J’ai été frappée par la densité de voitures à Los Angeles, un problème accentué par les lacunes majeures du système de transport public pour une ville de cette taille. Moral de l’histoire : visiter LA sans voiture est faisable mais compliqué en raison des transports en commun, tandis que se déplacer en voiture comporte ses propres défis, notamment le trafic dense et le stationnement souvent problématique.
Ces réflexions sur les infrastructures urbaines m’ont amenée à observer de plus près les réalités sociales et environnementales de la ville elle-même. Los Angeles, avec ses contrastes frappants, illustre bien les défis écologiques et sociaux auxquels nos sociétés sont confrontées. En naviguant à la fois dans la conférence et dans les rues animées de la ville, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer le contraste frappant entre le mode de vie luxueux souvent associé à la Californie et les difficultés auxquelles sont confrontés bon nombre de ses habitants. Bien que les films et les médias idéalisent souvent cette destination, mon expérience en offre une vision plus nuancée, mettant en lumière l’écart entre le glamour et la réalité quotidienne. Avec une population comparable à celle du Canada, les disparités économiques étaient flagrantes, avec des quartiers huppés côtoyant des rues jonchées de sans-abri. Ce fut donc sans surprise que j’ai appris que la Californie abrite près d’un quart de la population de sans-abri des États-Unis. Alors que la conférence se concentrait sur les impacts futurs du changement climatique, une question me taraudait : que fait-on pour ceux qui souffrent déjà aujourd’hui ?


Photo 6-7 : Le Hollywood Walk of Fame à gauche et moi-même avec le célèbre signe de Hollywood à droite (Catherine Destrempes, 2024).
Finalement, ma découverte de Los Angeles, où le soleil éclaire un océan de béton vibrant d’artistes et de célébrités, a révélé que le glamour de cette ville côtoie des réalités plus complexes. J’ai rencontré des écologistes passionnés et des citoyens engagés, tout en me plongeant dans des enjeux écologiques cruciaux qui m’ont amenée à réfléchir aux défis sociaux des grandes métropoles. Cette aventure m’a inspirée à prendre conscience de l’importance de l’action locale dans la lutte contre les enjeux environnementaux. Chaque initiative, même modeste, peut avoir un impact significatif. J’espère que ce récit vous a donné un aperçu de cette dynamique et vous encouragera à jouer votre propre rôle dans la protection de notre planète. Merci de m’avoir accompagnée dans ce voyage !

À propos de l’auteure : Catherine Destrempes est étudiante à la maîtrise en ressources renouvelables à l’Université McGill. Passionnée par la protection et la restauration de la nature, elle s’intéresse à une approche de la restauration et de la conservation qui valorise l’interaction entre les humains et les écosystèmes, plutôt que de limiter la nature à des espaces isolés. Son projet, réalisé sous la direction de la Dr Elena Bennett et dans le cadre du NSERC ResNet, explore les paysages agricoles québécois à travers des scénarios de restauration, avec pour objectif de restaurer les services écosystémiques de ces milieux et de renforcer la cohabitation bénéfique entre nature et société.
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