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Recit de voyage : Séjour dans la nation arc-en-ciel pour le congrès de l’International Society for Microbial Ecology

Par Sarah Piché-Choquette, Chercheuse postdoctorale à l’Université de Québec à Montrèal et l’Université de Calgary

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec les congrès de l’International Society for Microbial Ecology (ISME), ce sont des congrès de 4.5 jours sur l’écologie microbienne où se côtoient plusieurs conférences plénières, ateliers, panels de discussion (e.g. DEI), conférences de prix, présentations orales et par affiche, mais également des séances de réseautage et des événements sociaux. En 47 ans de congrès biannuels, l’ISME s’est pour la première fois installé en sol africain. Juché entre les montagnes du Sud-Ouest de l’Afrique, l’océan Atlantique et l’océan Indien, Le Cap (Cape Town) est une ville multiculturelle du Cap occidental qui en offre plein la vue. Le Cap ainsi qu’une partie des provinces du Cap occidental et du Cap oriental contiennent l’écorégion du fynbos avec une biodiversité unique. Ce périple a été une magnifique occasion de participer à mon 4e congrès de l’ISME et de profiter un peu de cette magnifique région. Ce congrès comportait moins de participants que les précédents, mais il n’en reste que 1533 écologistes microbiens, c’est beaucoup de gens!

Bâtiments colorés du quartier historique Bo-Kaap ainsi que la mini-terrasse où je prenais un café le matin et un thé rooibos le soir. Le Cap

Je tiens à remercier le CSBQ de m’avoir décerné une bourse de voyage pour participer au congrès ISME19, où j’ai eu l’occasion de profiter d’un magnifique séjour enrichissant tant d’un point de vue scientifique que culturel! Comme mes collègues de laboratoire et mon directeur de recherche principal se sont rendus au congrès de la Société canadienne d’écologie et d’évolution (SCEE) à Vancouver en mai dernier, je me suis dirigée seule vers Le Cap en Afrique du Sud. Ceci dit, c’est loin d’être mon premier congrès donc mon stress s’est rapidement dissipé, sachant que je connaîtrais déjà de nombreux participants en plus d’en rencontrer de nouveaux. Pendant toute la durée du congrès et mes quelques jours de congé par la suite, j’ai séjourné dans une chambre d’hôtes entre le quartier malaysien (Bo-Kaap) et le square Greenmarket.  

Le congrès a débuté le dimanche 18 août avec un mot d’ouverture du président sortant de l’ISME, le professeur Philip Hugenholtz (University of Queensland, Australie), ainsi que du président du comité organisateur local, le professeur Thulani Makhalanyane (University of Stellenbosch, Afrique du Sud). Rien d’anormal jusqu’à présent, jusqu’à ce qu’on entende des femmes hurler à l’extérieur de l’amphithéâtre. Nous étions plusieurs à regarder en arrière, se demandant s’il y avait un problème. Il y avait une grève devant le centre de congrès le jour même, donc plusieurs ont dû assumer que c’était cela, eh bien non! Une bande de gens ont ouvert les portes de la salle à volée et ont descendu les escaliers en dansant et en chantant afin de se rendre sur la scène, pour ensuite poursuivre leur chorégraphie sur la scène. Disons que ça en a surpris plus d’un! Suite à ce court spectacle, ce fut le début du programme scientifique avec une présentation fort intéressante de la professeure Jillian Banfield (University of California Berkeley, États-Unis) sur les « Borgs », de gigantesques éléments extra-chromosomiques découverts récemment. Le programme de la première journée s’est terminé avec un spectacle de la conteuse, poète, actrice, militante anti-apartheid (et j’en passe) Nokugcina Elsie Mhlophe, qui nous a notamment rappelé de toujours continuer de lire et de s’informer, mais également de préserver la terre et culture de nos ancêtres. En connaissant très peu sur l’Afrique du Sud sur le plan culturel, j’ai trouvé particulièrement intéressant d’en apprendre davantage sur une personnalité locale. Le spectacle a été suivi d’une réception où j’ai eu la chance de revoir plusieurs membres de mon ancien laboratoire à Prague, ainsi qu’une ancienne collègue de longue date qui a effectué son PhD et son postdoc avec mes deux directeurs de recherche actuels. Le monde est vraiment petit…

Le lendemain était le jour de ma présentation orale, qui s’est très bien déroulée. Ma présentation portait sur la modélisation de la dynamique du microbiome intestinal des enfants prématurés à l’aide de modèles de distribution d’espèces conjointes. L’un des buts principaux de la présentation était de montrer l’intérêt de ce type de modèle statistique pour prédire des interactions biotiques en prenant en compte une panoplie d’effets fixes, aléatoires et de paramètres spatio-temporels. Ce qui est génial de présenter tôt pendant un congrès est qu’on peut ensuite profiter du congrès à 110%! Avant cela, il y avait la conférence de la récipiendaire du prix Winogradsky, la professeure Jennifer Martiny (University of California, Irvine, États-Unis), sur les procédés éco-évolutifs de l’assemblage des communautés microbiennes sauvages. Les jours suivants, j’ai eu la chance de voir une quantité et qualité phénoménale de présentations orales et par affiche, je pourrais en parler pendant des heures! Un petit défi que je m’étais lancé pour les périodes d’affiches était d’aller voir une affiche d’un chercheur africain pour chaque chercheur non africain. Cela m’a non seulement permis de rencontrer et de discuter avec de nombreux écologistes africains, mais également de découvrir une panoplie de sujets auxquels je n’aurais jamais été exposée si j’étais simplement allé voir les sujets les plus rapprochés de mes propres projets de recherche. 

Comme d’habitude pour les congrès de l’ISME, le mercredi était une journée libre permettant de faire une pause au milieu du congrès et de se reposer après la soirée du mardi, qui a eu lieu au Cabo Beach Club dans le V&A Waterfront du Cap. J’ai profité de cette occasion pour effectuer une dégustation de vins Sud-Africains avec mon ancienne collègue, la Dre Mona Parizadeh, qui est également une ancienne membre du CSBQ. Nous avons goûté à des vins ainsi qu’à des accords vins-fromages et vins-chocolats à 3 endroits différents, ce qui nous a également permis de profiter des magnifiques paysages et villages de Paarl, Franschhoek et Stellenbosch. Si vous aimez le vin, je vous le recommande fortement, et n’oubliez pas d’essayer au moins un vin pinotage, soit un cépage typique de l’Afrique du Sud, résultant du croisement du pinot noir et du cinsault/hermitage.    

Après ce jour de « repos », le congrès a repris de plus belle, avec encore plus d’excellentes présentations les unes après les autres. La dernière présentation scientifique à laquelle j’ai assisté fut celle du fantastique professeur Warwick Vincent (Université Laval) sur les cyanobactéries en Arctique et en Antarctique. J’ai lu plusieurs de ses articles dans le passé, mais c’était la première fois que je le voyais présenter ses recherches. C’était ensuite la cérémonie de clôture, où le président sortant de l’ISME, Philip Hugenholtz, a passé le flambeau à la Pre Raquel Peixoto (King Abdullah University of Science and Technology, Arabie Saoudite), maintenant présidente de l’ISME pour 2 ans. Le comité organisateur local du prochain congrès de l’ISME, qui aura lieu à Auckland en Nouvelle-Zélande, s’est ensuite présenté et nous a montré une vidéo promotionnelle de 5 minutes (maintenant en ligne) afin de nous inciter à participer au prochain congrès. Leur vidéo en a charmé plus d’un avec ses blagues et références au Seigneur des Anneaux.

Présentation d’ouverture du congrès ISME19 par Philip Hugenholtz, président de l’ISME.
Une des diapositives de ma présentation montrant l’impact de l’utilisation des antibiotiques sur la présence de taxa microbiens dans l’intestin d’enfants prématurés (à gauche) ainsi que la variation drastique de l’importance des covariantes sur la présence de chacun des taxa détectés. Ces résultats proviennent d’un modèle hurdle de modèle de distribution d’espèces conjointes.

Comme je l’ai dit plus tôt, ce périple n’était pas purement scientifique, j’en ai également profité pour m’imprégner de la culture locale et admirer les merveilles naturelles du Cap et ses environs. J’ai d’abord visité Boulders Beach avec mes anciens collègues Mona et Itumeleng afin d’aller observer une colonie de manchots du Cap (Spheniscus demersus). De nombreux damans (Procavia capensis) nous suivaient de près sur la plage et ses environs, alors que des babouins étaient perchés sur les clôtures de Simon’s Town (le district où se trouve Boulders Beach) et nous suivaient du regard alors que nous explorions les environs. Itu, qui habite tout près, nous a ensuite recommandé le restaurant Beira Mar, très populaire avec les gens du coin.

Ces petites bestioles (Damans du Cap, Procavia capensis) nous suivaient partout. Bien qu’elles ressemblent à des marmottes à première vue, les espèces (non éteintes) qui s’y rapprochent le plus d’un point de vue phylogénétique sont les dugongs et les éléphants. Boulders Beach, Le Cap.
Manchots du Cap (Spheniscus demersus) se baladant sur la plage de Boulders Beach, Le Cap.

Par la suite, j’ai visité le charmant Jardin Botanique National Kirstenbosch, que je recommande à tous de visiter au moins une fois. Il est situé au pied de la Montagne de la Table et comprend une tonne d’espèces végétales des Fynbos, dont les célèbres Protées! J’en ai également profité pour faire de la randonnée sur une partie du sentier Skeleton Gorge vers le sommet de la Montagne de la Table, mais je ne l’ai pas complété faute de temps. En effet, normalement les randonneurs vont marcher 9 km jusqu’au sommet puis redescendre à l’aide du téléphérique, mais celui-ci n’est pas fonctionnel en août, c’est-à-dire en plein hiver.    

Oiseaux du paradis (Strelitzia reginae), dont celle surnommée « l’or de Mandela » qui est de couleur jaune. Jardin botanique national de Kirstenbosch, Le Cap.
Les arbustes de Lobostemon curvifolius ont tendance à recoloniser leur habitat suite à un feu. Jardin botanique national de Kirstenbosch, Le Cap.  
La province du Cap-occidental abrite de nombreuses espèces de la famille des Protéacées.
Paysages uniques des Fynbos et escalier de 3km du sentier Skeleton Gorge. Jardin Botanique National de Kirstenbosch et sentier Skeleton Gorge vers le sommet de la Montagne de la Table, Le Cap.

J’ai cependant eu le temps de faire de la randonnée à Cape Point, ainsi que de Cape Point au Cap de Bonne-Espérance, ce dernier étant le point le plus au Sud-Ouest de l’Afrique. C’était une journée très venteuse, entre 8-9 (44 km/h) sur l’échelle de Beaufort, donc pas idéal pour marcher sur des escaliers et ponts suspendus sans barrières… mais le paysage en valait la peine! Suite à la randonnée, j’ai fait un tour sur la plage du Cap de Bonne-Espérance, où j’ai vu une multitude de cormorans (Phalacrocorax africanus) perchés sur des rochers. Sur le chemin du retour vers Le Cap, j’ai aperçu quelques autruches, zèbres et springboks sur les pans de montagne.  

Randonnée de Cape Point au Cap de Bonne-Espérance, le point le plus au Sud-Ouest de l’Afrique. Cette photo a le mérite d’être une des seules où mes cheveux ne couvrent pas l’entièreté de mon visage à cause du vent.
Marée de cormorans africains (Phalacrocorax africanus) sur la plage du Cap de Bonne-Espérance.

Comme ma réservation pour visiter Robben Island (où Nelson Mandela a été incarcéré pendant 18/27 ans) a été annulée dû aux forts vents, j’ai par la suite visité le centre historique du port du Cap, V&A Waterfront, car j’y étais déjà pour prendre un bateau. Bien que ce soit un endroit idéal pour visiter des musées comme le MOCAA, prendre un café ou acheter des vêtements ou produits d’artisanat locaux au Watershed, ce que j’y ai préféré était tout simplement une plateforme en bois dont une colonie d’otaries à fourrure (Arctocephalus pusillus) s’est appropriée. Je crois que je suis restée à les observer pendant plus de 30 minutes, et je n’étais pas la seule! Enfin, parlant d’animaux, j’ai également passé une journée inoubliable à la réserve Aquila où j’ai fait une expédition safari. J’y ai observé de nombreux animaux dans leur habitat semi-naturel, tels que des hippopotames, rhinocéros, éléphants, zèbres, lions, autruches, gnous, buffles d’eau, élands, springboks, …

Troupe de lions d’Afrique (Panthera leo leo) dans la réserve d’Aquila, Touws River.
Éléphants de savane d’Afrique (Loxodonta africana) et Zèbres des plaines (Equus quagga) dans la réserve d’Aquila, Touws River.

Somme toute, ce voyage en Afrique fut mémorable pour de nombreuses raisons et je vous recommande fortement d’aller aux congrès de l’ISME dans le futur puisqu’ils sont toujours intéressants et remplis de magnifiques rencontres, ainsi que de visiter le Cap et ses environs si vous en avez la chance. C’est une région qui mérite d’être davantage connue et que j’ai grandement appréciée. Vous y ferez de belles découvertes, que vous soyez un fan de la nature ou de la culture! (voire la viniculture…) 

J’ai revu des anciens du CSBQ, dont le Pr Itumeleng Moroenyane qui travaille maintenant à la University of Stellenbosch dans son pays natal, l’Afrique du Sud.
 La Bri Wine Estate: Un des 3 endroits où nous avons fait une dégustation de vins locaux. Cette dégustation comprenait des accords vins-chocolats, Franschhoek. 

À propos de l’autrice : Sarah Piché-Choquette est une chercheuse postdoctorale travaillant en collaboration avec les professeurs Steven Kembel (UQAM, membre du CSBQ) et Marie-Claire Arrieta (University of Calgary). Elle travaille actuellement sur les liens entre le microbiome intestinal des enfants prématurés et différentes pathologies qui les affectent, ainsi que sur les interactions entre microorganismes bénéfiques et pathogènes opportunistes à l’aide de modèles de distribution d’espèces conjointes. 

Elle a précédemment travaillé avec le docteur Petr Baldrian (Czech Academy of Sciences, Prague, Tchéquie) sur l’impact de la gestion des forêts et des changements climatiques sur les microorganismes des micro-habitats forestiers, ainsi que sur l’hydrogène moléculaire en tant que modulateur des communautés microbiennes du sol avec le professeur Philippe Constant (INRS, Laval, membre du CSBQ). 

Sarah est également passionnée des arts de la scène, du heavy metal, des romans et mangas, de la randonnée, du camping, des jeux de société et des jeux vidéo et elle agit à titre d’actrice, doubleuse et figurante dans plusieurs productions francophones et anglophones sous un pseudonyme. Ses premiers photoshoot et défilés de mode ont eu lieu lorsqu’elle n’avait qu’un et 3 ans, respectivement. Elle est également formulatrice de produits cosmétiques, a sa propre entreprise de produits cosmétiques et est membre de comités consultatifs pour diverses compagnies.

Twitter : @sarah_pc

LinkedIn : www.linkedin.com/in/sarah-piché-choquette/

Post date: May 20, 2025

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