Par Audrey-Anne Laurin, étudiante au doctorat à l’Université du Québec en Outaouais (UQO)
C’est en direction de Melbourne, en Australie, que je me suis dirigée à l’automne 2024 pour participer au congrès de la International Society for Behavioral Ecology (ISBE). D’ailleurs, il était initialement prévu que la communauté internationale se retrouve en Australie pour ce congrès bisannuel en 2022, mais avec les frontières qui restaient encore fermées aux touristes en raison de la pandémie, cette destination avait été repoussée à cette année. Ainsi, avec près de 4 années de préparation sous leur manche, nous avons été témoins d’un des congrès les plus réussis qu’il m’a été possible d’assister. En effet, le comité d’organisation s’est surpassé afin d’offrir un congrès à la fine pointe de la technologie (nous avions même une application mobile !), écoresponsable et inclusif.

J’y présentais les résultats d’un de mes chapitres de doctorat, qui porte sur la prédiction de la répartition de la tique à pattes noires (Ixodes scapularis) à partir de la dynamique spatiale du cerf de Virginie (Odocoileus virginianus). Le cerf de Virginie est l’hôte principal de la tique à pattes noires, c’est-à-dire qu’il permet à la tique adulte de prendre son dernier repas de sang et de se reproduire (parfois même sur le cerf lui-même !). Par la suite, la tique va tomber au sol afin de pondre ses œufs, créant ainsi la prochaine cohorte à cet endroit. Je cherche donc à savoir si l’utilisation d’habitat du cerf, et tous les facteurs qui influencent cette utilisation (e.g. disponibilité en nourriture ou en abris, risque de prédation), permettent de prédire où les tiques se retrouvent. J’utilise pour cela un réseau de caméras de chasse, couplé à des prélèvements de tiques sur le terrain. Mes résultats suggèrent que plus un endroit est utilisé par le cerf, plus la probabilité d’y trouver des tiques est élevée. Et surprise, d’autres animaux semblent être des transporteurs d’intérêt, notamment le raton laveur, qui a d’ailleurs la malheureuse habitude de se tenir à proximité des zones fortement utilisées par l’humain (e.g. aires de pique-nique ou de camping) ! Dans les secteurs où les populations de tiques à pattes noires sont en émergence comme c’est le cas dans plusieurs régions au Québec, un suivi des hôtes clés de la tique permettrait de prédire les endroits plus à risque pour l’humain et d’y cibler les efforts de prévention. Avec les nombreux pathogènes que la tique a le potentiel de transmettre, ces connaissances sont essentielles dans notre combat contre ces minuscules créatures ! L’utilisation d’un outil comme les caméras devient une approche innovante et accessible aux divers intervenants.

Ayant auparavant eu la chance de discuter d’un autre chapitre de mon projet de recherche à ce plus important congrès en écologie comportementale à l’échelle mondiale, c’était une chance exceptionnelle de voir cette opportunité se présenter à nouveau ! En plus de représenter un défi important au niveau de la langue, cette fois-ci mélangée à un bel accent australien, le tout m’a permis d’échanger avec des têtes renommées du domaine, de découvrir de multiples sujets de recherche inspirants et d’explorer des projets pertinents.
J’ai pu également découvrir une ville vivante, où la faune et la flore nous rappellent que nous sommes effectivement à l’autre bout de la planète ! Que ce soit en allant marcher au bord de la baie, en allant visiter le jardin botanique royal ou encore en visitant les forêts d’eucalyptus du Grampians National Park, tout était un rappel du caractère unique de ce pays. Et ces nombreuses découvertes, je les dois entre autres au Prix d’Excellence du CSBQ, bourse généreuse qui m’a permis d’alléger les coûts d’une telle expérience enrichissante.



Grampians National Park, Australie
Si vous vous posez la question à savoir si les 24 heures de voyagement aller puis retour, en plus des 14 heures de décalage horaire en valent la peine, je vous répondrai que oui, mais je vous recommande d’y rester plus d’une semaine !

À propos de l’auteure:
Je suis actuellement étudiante au doctorat à l’Université du Québec en Outaouais (UQO), dans le laboratoire d’Angélique Dupuch à l’Institut des Sciences de la forêt tempérée (ISFORT). Je m’intéresse aux interactions interspécifiques, utilisant le concept théorique de la cascade trophique comportementale pour démystifier la dynamique spatiale du Cerf de Virginie. Plus particulièrement, j’étudie le système Grands canidés – Cerf de Virginie et son impact sur la régénération forestière ainsi que sur la répartition de la tique à pattes noires, responsable de la maladie de Lyme.
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