Par Luis Rodrigo Arce Valdés, chercheur postdoctorant à l’Université Concordia
Depuis mes études au secondaire, on m’a enseigné l’importance de comprendre les processus évolutifs, en particulier la spéciation, comme les mécanismes qui produisent la biodiversité qui nous entoure. Je me souviens avec affection de mon professeur de biologie qui nous expliquait que de nouvelles espèces peuvent se former par allopatrie (lorsque les populations d’origine sont isolées géographiquement) ou par sympatrie (lorsque les populations partagent la même aire de répartition). Le premier me semblait très intuitif : les espèces naissantes accumulent des différences génétiques en vivant dans des lieux différents. Le second mécanisme, je l’ai accepté comme existant (il devait bien pouvoir se produire si mon professeur nous l’enseignait), mais je ne comprenais pas à l’époque comment deux espèces pouvaient atteindre un isolement reproductif tout en vivant au même endroit. Quelles barrières reproductives pourraient apparaître si les deux populations cohabitent dans le même lieu et au même moment, favorisant ainsi la reproduction ?
Le temps a passé. Ma vie a continué et mon parcours académique m’a conduit au début de mon doctorat sous la supervision de la docteure Rosa Sánchez. Mon projet de doctorat m’enthousiasmait parce que j’allais travailler avec des données de séquençage de nouvelle génération et apprendre la bioinformatique. À ce moment-là, l’évaluation de l’hybridation et la quantification des barrières reproductives chez les espèces d’odonates avec lesquelles j’allais travailler me semblaient secondaires. Je ne pouvais pas être plus dans l’erreur.
L’année 2020 est arrivée alors que je venais de terminer mon premier semestre de doctorat, et avec elle la pandémie de COVID s’est répandue dans toutes les villes et pays. Xalapa, cette ville de brume et d’arôme de café où j’ai poursuivi mes études doctorales, n’a pas fait exception. Comme pour beaucoup d’autres, la COVID a provoqué des changements dans les plans de ma thèse. Cependant, à ce moment-là, je disposais déjà d’un laboratoire rempli d’aquariums, d’insectariums en bois, de mouches Drosophila et de canettes d’Artemia. C’est-à-dire, tout le nécessaire pour élever et réaliser des croisements expérimentaux à partir de milliers de larves de demoiselles Ischnura. Chaque jour, j’observais combien d’adultes avaient émergé et à quelle famille chacun appartenait. Chaque famille représentait un type de croisement spécifique : il y avait des croisements entre individus allopatriques ou sympathriques ; des croisements hybrides où les mâles appartenaient à I. elegans et les femelles à I. graellsii ; ainsi que dans la direction opposée. De plus, dans chaque croisement, j’observais et notais à quelle fréquence chaque couple parvenait, ou non, à s’accoupler, copuler, pondre des œufs et produire des larves.
Le changement que la pandémie a provoqué dans ma thèse fut qu’elle a retardé notre capacité à réaliser les bibliothèques de séquençage. Ma directrice m’a alors proposé : – « Rodrigo, tu as déjà collecté les données sur les barrières reproductives, pourquoi ne pas les analyser en attendant que l’on solutionne le séquençage ? » – À ce moment-là, je ne savais pas que ces mots allaient me conduire au chapitre de ma thèse qui m’a le plus passionné et dont j’ai le plus appris.
Après des mois à traiter des données, à réaliser des analyses statistiques et à lire tout ce que je pouvais sur hybridation et spéciation, mes graphiques commencèrent à révéler des motifs intéressants. L’isolement reproductif entre les deux espèces de libellules était plus fort dans les croisements en sympatrie que dans ceux en allopatrie. J’étais très enthousiaste : cette observation concordait avec la théorie du renforcement ! Oui ! Ce mécanisme de spéciation sympatrique a été proposé par Theodosius Dobzhansky lui-même. Lire et comprendre cette théorie m’a permis de répondre aux doutes qui m’interrogeaient depuis le secondaire. Le renforcement se produit après un contact secondaire entre des populations restées isolées en allopatrie. Pendant ce temps, les populations ont accumulé des incompatibilités génétiques, ce sont ceux qui faits que les hybrides sont moins viables que les individus des espèces pures. La sélection naturelle les élimine donc et favorise le succès reproductif des individus qui évitent l’hybridation. Ce processus sélectif favorise, avec le temps, l’apparition de traits qui évitent l’hybridation et complètent l’isolement reproductif. Cette théorie prédit donc qu’en cas de renforcement, on doit observer un isolement reproductif plus élevé en sympatrie qu’en allopatrie. Les données de ma thèse étaient cohérentes avec cette prédiction, mais avec une particularité : ce phénomène n’était observé que dans une seule direction d’hybridation.
C’est dans les croisements entre mâles de I. graellsii et femelles de I. elegans que l’on a observé une augmentation de l’isolement reproductif de l’allopatrie à la sympatrie. Cependant, dans la direction opposée (entre mâles de I. elegans et femelles de I. graellsii), mes données suggéraient un processus contraire. Autrement dit, un isolement reproductif plus élevé en allopatrie qu’en sympatrie. Que s’est-il passé en sympatrie pour que ce croisement soit plus réussi que ceux en allopatrie ? Comment les barrières reproductives ont-elles pu évoluer dans des directions opposées en sympatrie (en augmentant dans un sens et en diminuant dans l’autre) ?
Dans notre article, nous avons émis l’hypothèse que le flux génétique aurait pu homogénéiser les différences génétiques entre les espèces, et que la sélection aurait pu éliminer les incompatibilités génétiques. Ainsi, ce curieux schéma pourrait être expliqué. Comme je n’ai pas trouvé de références décrivant un processus similaire dans un autre système, mon travail s’est conclu sans pouvoir tester cette dernière hypothèse.
À la fin de mon doctorat, ce travail a provoqué en moi de profondes réflexions sur la manière dont nous comprenons la spéciation. Si l’isolement reproductif s’est modifié de manière aussi asymétrique entre les deux croisements, doit-on étudier la spéciation comme un processus se produisant dans les deux directions, en considérant comment l’un affecte l’autre ? Notre hypothèse est-elle correcte ? Si oui, quelle intensité doivent avoir le flux génétique et la sélection naturelle pour produire un schéma comme celui que nous avons observé ?
Grâce au prix d’excellence que m’a décerné le CSBQ, j’ai pu effectuer un séjour de deux semaines dans les laboratoires des professeurs Tom Booker et Darren Irwin à l’Université de la Colombie-Britannique. À ses côtés, j’ai appris à utiliser le programme SLIM pour générer des simulations évolutives et j’ai réalisé un premier modèle simulant un processus évolutif similaire à celui qu’on a observé chez Ischnura. Autrement dit, j’ai codé deux populations évoluant indépendamment en allopatrie et qui, une fois réunies, produisent des hybrides dont la valeur adaptive varie selon la direction de l’hybridation. Avec ce modèle de base, nous allons varier l’intensité de flux génétique et de sélection dans les simulations pour répondre aux questions restées en suspens dans ma thèse. Le soutien que le CSBQ m’a permis de rassembler à Rosa Sánchez, Tom Booker, Darren Irwin et Rassim Khelifa (mon superviseur postdoctoral actuel) avec moi pour effectuer cette investigation.
Qui aurait dit que grâce à la COVID, je découvrirais des questions qui m’ont tant permis de réfléchir à la manière dont la biodiversité évolue ? Si je pouvais adresser quelques mots à un jeune lecteur ou une jeune lectrice qui lit ces lignes, ce serait de ne pas avoir peur. Parfois, les projets en science changent, et c’est naturel, c’est normal. Tant que tu as de la passion et de la curiosité, tu continueras à avancer sur ton chemin.
Luis Rodrigo Arce Valdés travaille comme chercheur postdoctorant à l’Université Concordia sous la supervision du professeur Rassim Khelifa. Il est un généticien intéressé par l’application des données de séquençage d’ADN pour répondre à des questions évolutives ou écologiques, souvent avec les insectes comme modèle d’étude. Maintenant il réalise le projet ici décrit et évalue divers processus écologiques en insectes au niveau de communauté avec le séquençage métabarcodage des fèces d’odonates.
Par Simon Pesant, étudiant à la maîtrise à l’Université de Montréal
Dans le contexte de Blitz the Gap, mon laboratoire et de multiples autres biologistes sommes allés faire un bioblitz sur le mont Albert en Gaspésie. Un bioblitz est un événement où des biologistes essaient de recenser la plus grande diversité d’organismes possible dans un endroit. Blitz the Gap est un projet visant à financer des bioblitz afin de remplir les trous dans les données de biodiversité au Canada. Nous nous sommes assurés d’avoir des biologistes avec des expertises dans des domaines complémentaires, mais la plupart étaient botanistes. L’étudiant entomologiste qui devait venir ne pouvait pas finalement, donc j’ai dû remplir ce rôle même si je suis plutôt botaniste.
Nous nous sommes réunis le matin du 13 juillet 2025 au pied de la montagne afin de commencer notre montée ardue. Nous avons choisi le mont Albert puisqu’il abrite une flore intéressante et le reste de sa diversité n’est pas bien connue. Nous n’avons pas pris trop de temps pour observer des espèces durant la montée puisque les plus intéressantes sont plutôt sur le plateau et la vallée du Diable. Il faut savoir que le mont Albert abrite beaucoup de serpentine, une roche qui contient entre autres choses beaucoup de magnésium, ce qui rend les conditions chimiques du milieu difficile pour les plantes. Une flore particulière adaptée à ces conditions peut donc être retrouvée sur le mont, dont deux espèces endémiques (Salix chlorolepis et Solidago chlorolepis).
Après une montée à pic, nous sommes finalement arrivées en haut, où le « fun » commence. Les botanistes ont rapidement commencé à faire des observations iNaturalist (une plateforme de science citoyenne) des espèces de plantes d’intérêt. La flore de cette montagne est assez bien connue, donc de mon bord je voulais voir quelle diversité d’insectes peut y être trouvée. Pour ce faire, j’étais armé d’un filet et des multiples flacons avec de l’alcool pour récolter des insectes (avec les permis nécessaires, bien sûr). J’ai commencé ma récolte sur le bord d’un étang sur le plateau, où j’ai passé quelques coups de filet dans la végétation pour attraper ce que je pouvais.
Ma première récolte sur le plateau du mont Albert.
Rentrer mes récoltes dans des tubes étroits était finalement plus difficile que je le croyais, mais je me suis tranquillement amélioré. J’ai continué à récolter des insectes en battue un peu partout sur le plateau, puis il était finalement temps de descendre dans la vallée du Diable.
Vue sur la vallée du Diable, depuis le plateau.
La descente était assez difficile, car elle se faisait sur des gros blocs de roches pendant des kilomètres. J’ai éventuellement manqué d’eau. J’ai pu remplir mes bouteilles dans une belle rivière froide (qui passait à travers des roches un peu toxiques) et je ne suis ni mort ni devenu malade! J’ai continué à récolter des insectes dans des micro-habitats intéressants le long de la descente et, sans que je le sache, mon travail ne faisait que commencer…
Rendu au Centre sur la biodiversité du Jardin botanique, j’ai dû commencer le travail ardu de séparer tous mes insectes des fragments de plantes et autres choses dans mes tubes à l’aide de pinces et d’un microscope à dissection. Après pas mal de travail, j’arrivais à avoir des échantillons assez purs d’insectes, que j’ai ensuite organisés en ordres taxonomiques (ex: Hymenoptera, Coleoptera, Diptera, etc.).
Exemple d’échantillon d’insectes vu à travers un binoculaire.
J’ai ensuite commencé à prendre des photos des individus afin de les mettre sur iNaturalist pour que des vrais entomologistes les identifient. Je n’ai pas encore fini ce travail à ce jour. J’ai notamment récolté beaucoup de micro-hyménoptères, un groupe encore mal connu. Il est donc même possible que j’aie dans mes échantillons des espèces n’ayant pas encore été récoltées auparavant, mais ce sont plutôt des experts qui pourront le confirmer.
Photo macro d’un micro-hyménoptère récolté.
Cette expérience m’a été enrichissante et m’a permis de découvrir des groupes d’insectes que je ne connaissais pas beaucoup. J’espère également que mes récoltes pourront aider à mieux connaître la diversité d’insectes qui peut être retrouvée sur le mont Albert, un habitat assez unique.
À propos de l’auteur:
Simon Pesant est un étudiant à la maîtrise à l’Université de Montréal dans le laboratoire d’Étienne Léveillé-Bourret. Il étudie la floristique et l’écologie de l’estuaire d’eau douce du fleuve Saint-Laurent.
By Jennifer Donnini, PhD student at Concordia University
For over a decade, two simple ideas have captivated ecologists and remote sensing scientists alike: the Spectral Variation Hypothesis (SVH) and the Acoustic Variation Hypothesis (AVH). By measuring the variability of the signals ecosystems produce (Figure 1), both promise a way to monitor biodiversity that doesn’t require identifying every species on the ground. In theory, a forest that reflects more diverse colors or emits a richer soundscape should also host a more diverse community of species.
Figure 1. (a) A sonogram of a soundscape recorded in Sherbrooke, Quebec showing bird vocalizations along with background environmental sounds. To listen to the recording visit: https://macaulaylibrary.org/asset/636549766 (b) A Sentinel-2 image of a mixed-forest area in Quebec. (c) A map of spectral variability derived from the coefficient of variation of the near-infrared band.
It’s an elegant and optimistic concept, but as the fields of remote sensing and ecoacoustics mature, it may be time to admit that these hypotheses have reached the limits of what they can tell us. The problem isn’t that they’re wrong, but that their simplicity conceals the messy ecological realities that make biodiversity so challenging and so interesting to measure.
A seductive shortcut
When the Spectral Variation Hypothesis was proposed, it provided a unifying framework for linking satellite data to biodiversity. More spectral heterogeneity in a satellite image (that is, more variation in pixel reflectance patterns across space) reflects more variation in vegetation structure and chemistry, which should in turn indicate more plant species (Palmer et al., 2000). The Acoustic Variation Hypothesis (AVH) followed a similar idea for soundscapes, suggesting that greater acoustic variability indicates more vocally active species and therefore higher biodiversity. It draws on two related concepts: the Acoustic Niche Hypothesis (ANH), which predicts that species partition time and frequency to reduce overlap, so more species should fill more of the acoustic space and the Acoustic Adaptation Hypothesis (AAH), which proposes that signal characteristics evolve in response to habitat structure, meaning that communities across diverse habitats are expected to produce more varied acoustic outputs (Alcocer et al., 2022).
Both ideas were appealing because they offered a potential shortcut, a way to bypass the time-consuming, costly, and often spatially limited nature of field surveys. Satellites and autonomous recorders could, in principle, detect biodiversity from space or from sound. These hypotheses motivated hundreds of studies, encouraged cross-disciplinary collaborations, and inspired new tools for global biodiversity monitoring.
The cracks in the logic
Yet after years of testing, results are mixed. Some studies find strong correlations between spectral or acoustic variability and biodiversity; others find none (Alcocer et al., 2022; Torresani et al., 2024). The issue isn’t that these relationships never exist, but that they often depend on context.
Variation in reflectance or sound doesn’t always stem from variation in species. In optical data, shadows, soil exposure, and illumination geometry can create apparent “spectral diversity” unrelated to biological diversity. Moreover, species identity alone is not always a reliable determinant of spectral uniqueness. Different plant species can produce remarkably similar spectral signatures, while individuals of the same species may vary widely depending on stress, phenology, or water availability. Similarly, in soundscapes, rainstorms, wind, and human noise can inflate acoustic variability without reflecting true faunal diversity. Even within species, vocalizations may shift with context, age, or motivation, while calls from different species may overlap in frequency and pattern, blurring the very distinctions acoustic indices aim to capture.
Why correlation isn’t enough
The persistence of these hypotheses speaks to our human desire for simplicity. But the assumption that complexity in a signal automatically mirrors ecological complexity can lead to circular reasoning: we look for relationships because we expect them, not because the mechanisms are well understood.
In practice, spectral and acoustic diversity indices capture a mix of biological and non-biological variation. While approaches such as trait-based analyses, spectral unmixing, or multi-index acoustic frameworks can help separate ecological signals from background noise, their success depends heavily on context. We should be cautious about treating the Spectral and Acoustic Variation Hypotheses as universally valid rather than as situational tools that sometimes, but not always, reflect true biodiversity patterns.
A cautious path forward
While the Spectral and Acoustic Variation Hypotheses have inspired valuable research, it is worth asking how useful a metric can be when it is influenced by so many external factors and can vary widely across sensors, seasons, and spatial scales. A measure that shifts with illumination, noise, or data resolution may tell us more about conditions of observation than about the ecosystems themselves. These hypotheses helped open the door to new ways of linking environmental signals with biodiversity, but their continued use as stand-alone indicators should be approached with caution. As new technologies and analytical methods emerge, it will be important to reassess whether these relationships can be made more stable and ecologically meaningful, or whether it is time to move on to frameworks better grounded in measurable biological processes.
About the author:
Jennifer Donnini is PhD student in the Earth Observation Lab at Concordia University in Montreal. Her research interests include remote sensing of biodiversity, forests, and wildlife ecology.
Palmer, M. W., Thomas, W., Peter, E., Jose Ramon, A., & Steven, T. (2000). Opportunities for Long-Term Ecological Research at the Tallgrass Prairie Preserve, Oklahoma. ILTER Regional Workshop, 123–128.
Par Simon Pesant, étudiant à la maîtrise à l’Université de Montréal
En juillet, j’ai eu la chance de participer à la conférence internationale de botanique Botany avec un de mes collègues à Palm Springs en Californie. Cette conférence rassemble un grand éventail de disciplines comme la taxonomie, la physiologie, l’écologie et l’ethnobotanique. Il est donc facile pour tout le monde qui aime les plantes d’y trouver son compte. Cette expérience a été enrichissante et épanouissante autant au niveau professionnel que personnel.
La conférence avait comme thème « Botany without Barriers », ce qui présente bien les difficultés auxquelles font face les botanistes de certains pays et démontre bien l’importance de l’entraide entre scientifiques à l’international dans le contexte actuel.
Bannière de la conférence Botany 2025.
L’expérience a débuté avec des ateliers sur divers sujets durant lesquels on pouvait apprendre, discuter et même donner nos propres avis pour avancer des projets futurs. Moi et mon collègue avons participé à l’atelier de Flora North America qui portait sur les avenues futures de ce projet de grande envergure. FNA est un projet visant à faire une flore complète des États-Unis et du Canada afin d’aider les botanistes du continent. Plusieurs personnes ont donné des présentations sur des possibles outils ou améliorations à apporter à ce projet, comme des clés d’identification interactives simplifiant les clés par région géographique, des systèmes pour mieux garder la nomenclature des espèces à jour ou même des manières d’utiliser les descriptions d’espèces pour en extraire des traits fonctionnels. Nous avons ensuite pu donner nos propres avis sur comment améliorer l’étude de cette flore.
Les présentations que j’ai vues pendant Botany ont été très intéressantes et m’ont même données de multiples idées que je pourrais appliquer à mon propre projet de maîtrise. J’ai aussi eu la chance de rencontrer et discuter avec d’autres botanistes, comme deux étudiants à la maîtrise au Wisconsin travaillant sur des inventaires floristiques de chaînes de montagnes peu explorées botaniquement. La position de la conférence a fait en sorte que beaucoup de projets traitaient de flore des milieux arides ou alpins et trop peu de milieux humides à mon goût, mais les présentations restaient passionnantes.
Mon collègue et moi avons eu la chance de pouvoir présenter nos projets de maîtrise avec des présentations de 15 minutes durant la conférence. Mon projet porte sur l’écologie végétale de l’estuaire d’eau douce du fleuve Saint-Laurent. J’étudie la composition végétale des marais intertidaux et comment les variables environnementales affectent celle-ci. Je compare également mes données avec un inventaire fait il y a 30 ans afin de voir s’il y a des différences dans les communautés végétales dans le temps. Il est certain que présenter ses résultats devant un public international peut être assez effrayant, mais c’est malgré tout satisfaisant et les questions du public peuvent donner des suggestions et commentaires très intéressants afin d’avancer nos projets. J’ai reçu une question de quelqu’un qui semblait étudier le même écosystème que moi, mais je n’ai malheureusement pas réussi à retrouver la personne par après.
Photo de moi pendant ma présentation.
Pendant les pauses, il a été très intéressant d’explorer la ville de Palm Springs, surtout puisque c’était ma première fois dans un désert. Étant habitué aux milieux tempérés, c’était assez dépaysant de me promener dans les rues et de voir des palmiers. J’ai pu explorer les rues plus touristiques avec mon collègue, tisser des liens avec d’autres étudiants et acheter de la nourriture (assez chère). Nous avons également pu assister à un banquet de la American Society of Plant Taxonomists, où plusieurs prix ont été donnés à des botanistes d’exception!
Vue de notre hôtel pendant la conférence.
Cette conférence à vraiment été une belle expérience pour moi. J’ai pu apprendre beaucoup de nouvelles choses en écoutant les présentations des autres, présenter mes résultats de maîtrise pour la première fois à un public international et discuter avec des collègues dans le même domaine. Sans mentionner le fait que j’ai également eu la chance d’explorer un coin de l’Amérique du Nord que je n’avais jamais vu auparavant.
À propos de l’auteur:
Simon Pesant est un étudiant à la maîtrise à l’Université de Montréal dans le laboratoire d’Étienne Léveillé-Bourret. Il étudie la floristique et l’écologie de l’estuaire d’eau douce du fleuve Saint-Laurent.
Par Carlos Lopez Manzano, étudiant à la maîtrise à l’Université Concordia
Ma recherche, intitulée « Des déchets aux ressources: transformation des fientes d’oies du Canada en protéines et en engrais pour plantes à l’aide de la mouche soldat noire (Hermetia illucens) », que je développe dans le cadre de ma maîtrise, a été un des sujets qui a brillé lors de BSFCON (Black Soldier Fly Conference) 2025, ma première conférence internationale.
Quelques instants avant ma première présentation internationale à BSFCON25 à Cambridge, Royaume-Uni
Présentation de ma recherche
Lors de ma présentation, j’ai montré comment les excréments d’oies peuvent être utilisés pour nourrir les larves de la mouche soldat noire (black soldier fly, BSF). Cette idée a été testée à travers différentes combinaisons de mélanges de fientes avec un régime alimentaire standardisé. À travers ma recherche, j’ai démontré que les larves peuvent survivre avec un régime composé jusqu’à 100 % de fientes d’oies, tout en mesurant plusieurs traits de performance aux stades larvaire et adulte. Non seulement j’ai montré comment ces fientes pouvaient être converties en protéines, j’ai également présenté comment le frass (résidu de déjection des larves) peut être utilisé comme engrais. Les plantes étudiées dans ma recherche ont poussé plus rapidement avec le frass provenant de larves nourries aux fientes d’oies qu’avec une solution nutritive commerciale (Hoagland’s medium).
Présentation de mes résultats de recherche à BSFCON25 à Cambridge, Royaume-Uni
Le message principal est simple: les excréments d’oies dans les parcs peuvent être recyclés en protéine pour le bétail et en engrais via le frass de la mouche soldat noire. À noter que ces oies ne sont pas seulement présentes au Canada, mais également en Europe et en Nouvelle-Zélande. Par exemple, voici une observation iNaturalist que j’ai fait au Royaume-Uni durant la conférence avant de retourner au Canada: Canada goose in the UK_Sep12.
Après la présentation
Après ma présentation, SoldierFlyHub, une plateforme qui promeut la mouche soldat noire comme solution aux défis mondiaux d’alimentation et de développement durable, m’a contacté pour mettre de l’avant ma recherche. J’ai été invité à partager les idées clés de ma recherche: les larves de mouche soldat noire peuvent croître même sur 100 % de fientes d’oie, l’intérêt d’un mélange 50:50 pour les applications agricoles, et l’importance d’étudier le microbiome et le profil nutritif du frass obtenu.
Pour plus de détails sur cette publication, vous pouvez visiter leur site web.
Connaissances pour la recherche future et les politiques québécoises
BSFCON25 a débuté par un « Industry Day » où de nombreuses entreprises ont partagé leurs attentes sur l’impact actuel de l’industrie BSF, ce qui a été bénéfique, puisque la collaboration entre fournisseurs, transformateurs et formulateurs est essentielle.
Nous avons également discuté de la réglementation en ce qui concerne les déchets qui peuvent être traités et vendus. Trop réglementer, c’est répondre aux problèmes du passé; il faut des régulateurs capables d’anticiper les défis de demain et d’encourager l’innovation. Les régions qui autorisent un plus grand éventail de matières premières, tout en maintenant des contrôles sanitaires rigoureux (comme l’Australie), progressent plus rapidement vers la circularité en stimulant la recherche, la valorisation des déchets et la mise en place de nouvelles filières durables.
Comment appliquer cela au Québec?
En équilibrant sécurité et flexibilité, le Québec pourrait élargir la liste des substrats organiques acceptés tout en gardant des contrôles sanitaires stricts. Au Canada et au Québec, les produits d’insectes pour l’alimentation animale sont réglementés par l’ACIA (voir les détails), les aliments humains par Santé Canada, et les flux de déchets par la politique québécoise sur les matières résiduelles.
Les discussions ont aussi porté sur les règlements en cours en Europe et en Australie, et sur certains États très restrictifs. La conclusion tirée est que l’équilibre est nécessaire: des marchés sous-réglementés ne sont pas non plus idéaux.
Pour le frass, j’ai appris qu’il faut plus d’ingénierie, de développement de marché et de clarté réglementaire pour en faire un poste rentable. Nous avons aussi noté que les analyses du cycle de vie (ACV) ne sont pas obligatoires partout, mais deviennent un élément commercial nécessaire essentiel pour démontrer la durabilité environnementale des produits et renforcer leur acceptabilité sur le marché.
Jour 2: apprentissage académique
La deuxième journée fut plus académique, avec de nombreux posters sur la génétique, les microbes et des approches agricoles simples. Les présentations portaient sur le micro-environnement créé par les larves dans le substrat, l’évolution du microbiome au fil du stade larvaire, l’impact des conditions contrôlées sur la ponte, et des études sur l’enrichissement ferrique du régime larvaire et son effet sur le microbiome.
Jour 3: science appliquée
La troisième journée, le focus était sur l’application industrielle. J’ai découvert des améliorations génétiques de la mouche soldat noire pour mieux performer à haute température, raccourcissant le cycle de vie et augmentant le nombre d’œufs par an. Nous avons également vu la cartographie des gradients de pH intestinal, montrant que la diversité microbienne diminue le long du tractus. Un point clé à retenir est la chaleur générée pendant la bioconversion dépend de la texture, de l’espace poreux et de l’oxygène du substrat — des facteurs qui régulent l’activité microbienne et larvaire, influençant le développement, l’efficacité de récolte et la qualité du produit.
Réflexion finale
D’après ce que j’ai vu, il faut renforcer la présence de l’Afrique, de l’Amérique latine et de l’Asie du Sud-Est, régions qui ont un fort potentiel pour le développement industriel de la mouche soldat noire et de ses dérivés.
Photo de groupe avec les participants de BSFCON25 devant l’un des bâtiments emblématiques de Cambridge. Crédit photo: BSFCON
Créer des liens à travers la science
Dans l’ensemble, participer à cette conférence m’a offert des perspectives inestimables sur les dernières recherches concernant la mouche soldat noire et m’a donné une tribune pour partager mes résultats avec la communauté scientifique mondiale. L’événement a couvert la physiologie, la nutrition, les substrats, la génétique, le comportement et les innovations technologiques. Des ateliers, tables rondes, sessions d’affiches et moments de réseautage ont favorisé les échanges et la collaboration. Cette expérience a enrichi mon développement académique et professionnel, me permettant de faire avancer mes travaux et de tisser des relations durables au sein de la communauté de recherche sur la mouche soldat noire.
Aux côtés de deux professeurs lors de BSFCON25 — une excellente occasion d’échanger des idées et de tisser des collaborations au sein de la communauté BSF
À propos de l’auteur
Carlos est étudiant à la maîtrise dans le laboratoire Khelifa du Département de biologie de l’Université Concordia. Il travaille sur l’utilisation d’insectes pour recycler les excréments d’animaux surabondants comme la Bernache du Canada, en se concentrant sur la mouche soldat noire à travers des études de terrain et de laboratoire. Il s’intéresse aux impacts du changement climatique sur les écosystèmes et utilise les insectes pour comprendre comment les changements globaux affectent les communautés mondiales.
Avant de venir à Concordia, Carlos a effectué des stages de recherche à Widener University et Purdue University aux États-Unis, et a obtenu un baccalauréat en génie civil de l’Université d’El Salvador, ainsi qu’un autre baccalauréat en sciences environnementales et développement de l’Université Zamorano au Honduras. Il aime faire des observations de la nature sur iNaturalist comme passe-temps et adore jouer au ping-pong pendant son temps libre.
By Christophe Brabant, MSc student at McGill University
In spring 2025, I was fortunate to spend several weeks in Copenhagen for a research stay. My visit was part of a collaboration with local researchers at the Center for Macroecology, Evolution, and Climate (CMEC) at the University of Copenhagen. I worked alongside researchers deeply engaged in conservation science, particularly on the role and effectiveness of protected areas. I appreciated the collaborative spirit and openness in the lab. The interdisciplinary environment made me reflect more broadly on the relevance of my own work and inspired new directions I hadn’t considered before.
To make things even better, Copenhagen is a beautiful city! It blends old-world charm with modern design and sustainability. I was immediately struck by how common bikes are and how integrated green spaces and waterways are within the urban landscape. This is why I’ve chosen to write about… my daily commute to work!
The first stretch of my commute took me through Christiania, an independent commune within the city, with a fascinating history and a unique, artistic vibe. The cobblestone streets and numerous bridges over canals made the ride a scenic experience. From Christiania, I crossed over the Hønsebroløbet, the largest canal in Copenhagen, towards the city center.
My route brought me to Nyhavn, the iconic 17th century harbor lined with colourful houses and lively cafés!
From there, I continued north, through the King’s Garden (Kongens Have), where I had a beautiful view of the Rosenborg Castle. Still biking north, I crossed the line of lakes that separates the inner city from the surrounding neighborhoods, before arriving in Nørrebro, an animated district. A few more minutes of cycling brought me to CMEC, where I spent my time working!
This experience offered more than professional growth, it reminded me how inspiring it is to work in a place where science and culture can intersect so seamlessly. I want to thank the QCBS for providing me with an Excellence Award to help fund my participation in this research stay!
About the Author:
Christophe Brabant is a M.Sc student in the labs of Dr. Lars Iversen and Dr. Laura Pollock in the Department of Biology at McGill University. Christophe is interested in all things conservation, with a current focus on understanding global threats to freshwater biodiversity.